Phytosociologie

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la phytosociologie étudie les relations entre espèces végétalesla phytosociologie étudie les relations entre espèces végétales
la phytosociologie étudie les relations entre espèces végétales

La phytosociologie est la branche de l'écologie et de la botanique qui étudie la manière dont les plantes dans la nature s'associent dans l'espace et dans le temps pour composer les différentes entités de végétation.

Les populations d'espèces végétales qui exploitent un même habitat naturel, ou biotope, constituent des phytocœnoses dont la phytosociologie cherche à décrire la composition et les variations floristiques, mais aussi le fonctionnement dynamique.

Constatant que les diverses espèces de plantes ne se répartissaient pas au hasard et que l'on retrouvait souvent les mêmes espèces cohabitant dans des mêmes formes de végétation, les précurseurs de la phytosociologie, tel Émile Chateau (1866-1952), ont défini les associations végétales comme unités structurelles fondamentales de la couverture végétale. D'autres phytosociologues, comme Josias Braun-Blanquet (1884-1980) ou Marie Louis Emberger (1897-1969) ont construit un système complexe de classification hiérarchisée, analogue à celui des espèces vivantes, prenant pour base l'association végétale considérée comme représentée par des «individus d'association».

Ce système a constitué un socle théorique pour le développement des outils pratiques de la connaissance écologique, notamment les inventaires floristiques, et il a permis de mettre de l'ordre dans la compréhension des affinités entre les communautés d'espèces et entre celles-ci et le milieu naturel.

Mais il a aussi montré ses limites, trop purement descriptives, ouvrant alors la voie à des approches plus globales, comme la phytosociologie synusiale, plus attachées à l'identification des processus fonctionnels de mise en place et d'évolution de la végétation.

La phytosociologie, grâce à la reconnaissance de groupements végétaux qui reflètent la fertilité et les qualités structurelles d'une « station », connaît des applications pratiques évidentes en sylviculture et en agronomie. En matière de protection de la nature, elle permet de distinguer les différents habitats afin de repérer les plus rares et les plus menacés, elle permet aussi dans le cadre d'opérations de restauration écologique des milieux de poser les diagnostics de départ et d'évolution.


Sommaire

[] Phytosociologie systématique floristique - sociologie des plantes

La phytosociologie existe parce que les plantes, comme le reste, ne vivent pas toutes seules ou isolées. Elles sont sauf exceptions associées avec d'autres espèces végétales (et animales), selon trois niveaux de critères:

  • un niveau dit statique, réunissant les paramètres abiotiques du milieu.
  • un niveau dit de succession, où les groupements passent par des stades différents pour en théorie arriver à un climax.
  • un niveau d'interactions, qui tient compte des nombreuses relations entre les espèces formant une association particulière: chaînes alimentaires, interactions biotiques, interactions abiotiques.

C'est Josias Braun-Blanquet qui a fait prédominer l'aspect espèces plutôt que la forme (ou physionomie) des plantes, comme critère de détermination des associations considérées. Par sa méthode on considère des échantillons de terrains aux biotopes uniformes, où les plantes sont distribuées de façon "quasi-homogène". On subdivise cet espace selon une grille avec des carrés de 1 mètre maximum, et plus petits si la couverture végétale est dense. Pour chaque subdivision de la grille on note les espèces de plantes qui l'occupent. On estime aussi leur couvertures végétales respectives selon deux critères: la surface totale occupée par chaque espèce végétale en proportion de la surface totale de l'échantillon de terrain étudié, et la distribution de chaque espèce présente sur l'ensemble de l'échantillon de terrain – sont-elles régulièrement dispersées, ou apparaissent-elles selon un motif de répartition particulier? Les différents relevés botaniques effectués sont alors comparés les uns aux autres afin de déterminer les similarités: plusieurs espèces différentes se retrouvant toujours ensemble dans un certain biotope, par exemple. Ainsi on arrive à agréger plusieurs relevés ensemble pour finalement former des unités phytosociologiques homogènes; on peut alors comparer les relevés avec ceux de biotopes similaires mais situés dans des régions plus éloignées, ou proches mais entièrement différents.

[] Classification phytosociologique des végétations

Les phytosociologues du XXe siècle ont construit un système de classification hiérarchique analogue à celui de la classification classique – en posant comme unité de base des types d'associations plutôt que des types d'individus. Ici les associations végétales forment l'unité de base, et sont regroupées par similarités dans les alliances / interrelations. Les alliances les plus proches dans leur structure sont groupées en ordres, eux-mêmes groupés en classes. Chaque niveau de cette hiérarchie est dénommée "syntaxon" (par analogie aux taxons du système de classification des organismes).

Une association végétale est nommée à partir du ou des noms de genre d'une ou de deux espèces dominantes présentes, auxquelles on ajoute un suffixe (en gras ci-dessous) différent selon que l'on parle d'une classe, d'un ordre, d'une alliance ou d'une association végétale:

  • Classe (suffixe -etea) : Querco-Fagetea (forêts feuillues des climats tempérés dominées par les Chênes et le Hêtre) ;
    • Ordre (suffixe -etalia) : Fagetalia (forêts feuillues des climats tempérées froides à Hêtre, Fagus sylvatica) ;
      • Alliance (suffixe -ion) : Fagion (hêtraie et associations voisines montagnardes) ;
        • Association végétale (suffixe -etum) : Abieto-Fagetum (hêtraie à sapins de moyenne montagne).

[] Classification physionomique des végétations

Une approche différente, basée sur la physionomie des groupements végétaux peut également être effectuée. On considère alors avant tout les types de formes des espèces dominantes dans un lieu donné. L'unité ici considérée devient la formation végétale, un concept formulé dès 1838 par August Grisebach. Les formations sont insérées elles aussi dans un système hiérarchique, ici illustré sur trois exemples :

Classe Buissons Formations herbacées Formations aquatiques
Sous-classe Formations xéromorphes de buissons Champs herbacés Roseaux
Groupe Formations xéromorphes de buissons très ouvertes (semi-désertiques) Champs arbustifs Roseaux de lacs d'eau douce
Formation Couverts de fougères


Ce modèle tend à être délaissé au profit du système de classification phytosociologique proprement dit, car ce dernier détaille individuellement les différentes espèces présentes plutôt que de se référer principalement à l'aspect extérieur et d'amalgamer les espèces en fonction des tailles respectives des plantes.

[] Intérêt de la phytosociologie en écologie

La phytosociologie s'intéresse à la description mais aussi au fonctionnement écologique et botanique des végétations, à différentes échelles (des synusies aux biomes zonaux). L'analyse comparative des groupements végétaux rencontrés sur le terrain permet de définir des catégories abstraites (par exemple des associations végétales).

La phytosociologie permet donc d'étudier les relations abiotiques des végétations avec le climat, les sols et la géomorphologie locale ainsi que les relations biotiques avec les autres communautés végétales, les communautés animales et les sociétés humaines. Ainsi, la reconnaissance des groupements végétaux révèle de manière plus précise les fonctionnements écologiques locaux, la bioindication des communautés étant l'intersection des bioindications de toutes les espèces les constituant.

[] Cartographie des végétations

La caractérisation des végétations repose sur des inventaires floristiques effectués selon des normes précises. L'objectif étant de décrire la diversité des végétations mondiales et de permettre la compréhension des liens fonctionnels entre les communautés de plantes et les milieux naturels ou artificiels.

L'utilisation de cartes pour la représentation spatiale des relevés phytosociologiques permet une étude précise des conditions écologiques du milieu et de la répartition des populations végétales. Selon l'échelle, on choisira l'échelon approprié d'unité de végétation, et on les représentera sur les cartes : cartes phytosociologiques ou physionomiques, cartes des formations, des types de biotopes, des ressources forestières, etc.

[] Étude des indicateurs et des groupes écologiques

La phytosociologie peut servir de bioindication. Certaines plantes ont été de tous temps des "indicateurs" de certains types de terrains (plantes acidiphiles, plantes calcicoles, indicatrices d'humidité, etc.). Selon le système introduit par Heinz Ellenberg, le comportement écologique d'une espèce botanique donnée est décrit par un indicateur comprenant de 9 à 12 valeurs : des indicateurs de préférence pour certaines variables de l'environnement comme la lumière, la température, l'humidité du sol, la quantité de nutriments dans le sol, etc.

[] Phytosociologie et dynamique des végétations

Sous le concept de dynamique des végétations, on regroupe toutes les modifications quantitatives et qualitatives des populations végétales au cours du temps : les modifications phénologiques (rythme annuel), les oscillations pluriannuelles de la végétation, les modifications de populations cycliques, dues notamment aux invasions de parasites, ou au phénomène naturel de succession (remplacements successifs de populations botaniques à intervalles plus ou moins longs).

L'utilisation de la méthode phytosociologique à divers intervalles de temps sur un mieu lieu permet l'analyse de l'évolution de la végétation. Cette évolution peut par la suite être expliquée par l'effet de phénomènes internes ou externes à l'écosystème considéré. Il peut s'agir d'actions humaines, de changements climatiques, de phénomènes de cicatrisation après un incendie, etc.).

[] Voir aussi

[] Articles connexes

Phytosociologues

[] Liens externes

[] Bibliographie

  • Marcel Guinochet, Phytosociologie, Masson et cie, Paris, 1973, 227 p. (ISBN 2-225-35618-X)
  • Marcel Bournérias, Gérard Arnal, Christian Bock, Guide des groupements végétaux de la région parisienne, Belin, Paris, 14 janvier 2002, 640 p. (ISBN 2-701-12522-7)
Disciplines de la botanique
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