Mehdi Ben Barka

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Mehdi Ben Barka (arabe: المهدي بن بركة), janvier 1920 à Rabat - disparu le 29 octobre 1965 à Fontenay-le-Vicomte était un homme politique marocain, principal opposant socialiste au roi Hassan II et leader du mouvement tiers-mondiste. Selon les informations disponibles en 2006, il aurait été traqué lors de ses déplacements internationaux par le Mossad israélien et la CIA, qui communiquait ces informations à Rabat et Paris [1]. L'affaire Ben Barka, symbole des années de plomb sous le roi Hassan II, a longtemps gelé les relations franco-marocaines.

Sommaire

[] Biographie

[] Le principal opposant au roi Hassan II, leader du camp anti-impérialiste

D'une famille de petits fonctionnaires, il devient professeur de mathématiques. Il fonde, en septembre 1959, l'Union Nationale des Forces Populaires (UNFP), principal parti de gauche opposé au régime royal. Il préside l'Assemblée consultative mise en place après l'indépendance. Le 16 novembre 1962, il échappe déjà à un attentat fomenté par les services du général Oufkir et du commandant Dlimi. Le 16 juillet 1963, après que le roi Hassan II a décrété l’état de siège, Ben Barka se réfugie en Algérie, suivi une année plus tard par sa femme et ses enfants, qui ne voulaient pas « être pris en otages ». Il dénonce ensuite la "guerre d'agression" du Maroc contre l'Algérie lorsqu'éclate la "guerre des sables" en automne 1963 et prône la solidarité avec "la révolution algérienne". Le 22 novembre 1963, il est condamné à mort par contumace pour complot et tentative d'assassinat contre le roi.

[] L'exil

Medhi Ben Barka s'exile alors, devenant un "commis-voyageur de la révolution", selon l'expression de l'historien Jean Lacouture. Il part d'abord pour Alger, où il rencontre le Che, Amilcar Cabral et Malcolm X. Il s'en va ensuite pour Le Caire, Rome, Genève et La Havane, tentant de fédérer les mouvements révolutionnaires du tiers-monde en vue de la Tricontinentale devant se tenir en janvier 1966 à La Havane et où, affirmait-il dans une conférence de presse, "les deux courants de la révolution mondiale y seront représentés : le courant surgi avec la révolution d’Octobre et celui de la révolution nationale libératrice". Présidant la commission préparatoire, il y définit les objectifs, parmi lesquels l’aide aux mouvements de libération, le soutien à Cuba soumis à l’embargo américain, la liquidation des bases militaires étrangères et l’apartheid en Afrique du Sud... Pour l’historien René Galissot, "c’est dans cet élan révolutionnaire de la Tricontinentale que se trouve la cause profonde de l’enlèvement et de l’assassinat de Ben Barka" [2].

[] L'enlèvement devant la brasserie Lipp, à Paris le 29 octobre 1965

Chargé d'organiser la participation des mouvements révolutionnaires du tiers monde à la Conférence Tricontinentale qui devait se réunir à La Havane en 1966, il est intercepté à son arrivée à l'aéroport de Paris, devant le 151 boulevard Saint-Germain, le 29 octobre 1965, par deux policiers français Louis Souchon et Voitot, qui le font monter dans une voiture où se tient également un membre de la pègre parisienne, Le Ny, et on ne le reverra jamais.

Commandité par Antoine Lopez, policier officiant pour le SDECE cette "interpellation" verra entrer en scène trois autres personnages obscurs : Georges Boucheseiche (ancien membre de la Gestapo française sous l'Occupation, qui rallia le gang des Traction Avant à la libération, il fut également, dans les années 1960, un barbouze anti-OAS, puis un actif militant du Service d'Action Civique), proche de Jo Attia, et Palisse et Dubail, ses hommes de mains. Lors du procès Ben Barka, Lopez fut fortement soupçonné d'avoir agit sur instructions du général Oufkir, et le 7 juin 1967, le verdict fut ainsi prononcé : Les deux policiers furent condamnés à 8 ans et 6 ans de réclusions criminelles, Antoine Lopez à 8 ans également. Le Général Oufkir et les quatre membres de la pègre parisienne quand à eux, réfugiés au Maroc, furent condamnés à la perpétuité par contumaces, mais le roi Hassan II refusa toujours d'appliquer les condamnations ou d'extrader les comdamnés.

Lors de sa conférence de presse du 21 février 1966, le général de Gaulle déclare: «Du côté français que s'est-il passé? Rien que de vulgaire et de subalterne. Rien, absolument rien, n'indique que le contre-espionnage et la police, en tant que tels et dans leur ensemble, aient connu l'opération, a fortiori qu'ils l'aient couverte.» Cette fameuse affirmation sera contredite par les découvertes ultérieures: le SDECE (ancêtre de la DGSE) était bien au courant de l'enlèvement projeté. Dès l'enlèvement du leader tiers-mondiste, cette affirmation péremptoire de De Gaulle est mise en doute: comment aurait-on pu transférer un cadavre (ou un homme inconscient) par avion de Paris à Rabat, sans se faire arrêter par la police aux frontières? En 2006, l'ex-commissaire Lucien Aimé-Blanc publie des écoutes téléphoniques de l'époque montrant clairement que les services français surveillaient tous les hommes ayant pris part à l'enlèvement (voir ci-dessus).

[] Les responsabilités marocaines

Suite à l'enlèvement du leader socialiste et anti-impérialiste Mehdi Ben Barka, une enquête est déclenchée en France. Quarante ans après, celle-ci reste en cours. Fin 2005, pour la troisième fois, un juge d'instruction français se rendait au Maroc afin d'enquêter sur place. Il fut rapidement confronté à l'absence de coopération de la part des autorités marocaines, et cela malgré la fin du règne de Hassan II, remplacé par son fils Mohammed VI. Après la tentative infructueuse du général Oufkir de coup d'État contre Hassan II, Rabat a toujours mis sur le dos d'Oufkir la responsabilité ultime de l'enlèvement et du meurtre de Medhi Ben Barka. A ce jour, la famille du leader assassiné continue à tenir pour véritable responsable le roi lui-même, ce que seule la continuation de l'enquête française pourrait prouver - ou, au contraire, réfuter [3].

[] Les révélations d'Ahmed Boukhari

Selon les révélations de juin-juillet 2001 de l'ancien agent marocain Ahmed Boukhari, Medhi Ben Barka aurait été exfiltré vers le Maroc, torturé, puis son corps dissout dans une cuve d'acide. Toutefois, il n'a pas été encore entendu par la Justice sur ce dossier. Le dossier reste mystérieux et le gouvernement français détient certainement des pièces intéressantes sur le sujet. Selon Ahmed Boukhari, le corps de Ben Barka arrive en effet à l'aéroport de Rabat dans la nuit du 31 octobre. Il est alors emmené dans un centre de torture, Dar El-Mokri, où, sur les indications d’un certain colonel Martin, chef de l’antenne de la CIA au Maroc et qui avait accès directement au roi Hassan II, le corps du défunt leader marocain aurait été dissous dans une cuve remplie d’acide. Il est fait état d'un film existant de l'opération, dont une copie aurait été remise par le commandant Dlimi au roi Hassan II. Le colonel Martin aurait appris cet usage très particulier de l'acide pour faire disparaître les corps dans son précédent poste sous le régime du Shah d'Iran, après le renversement en 1953 de Mossadegh [4].

[] Les archives du SDECE et de la CIA

En 1976, le gouvernement des États-Unis a reconnu suite à des requêtes formulées dans le cadre du Freedom of Information Act que la CIA était en possession de 1800 documents sur Ben Barka, mais ils restent non publics. En 1982, suite à la victoire de la gauche, les archives françaises du SDECE (ancêtre de la DGSE) sont ouvertes, mais une grande partie a disparu. Le secret-défense est levé sur certains documents, mais la famille de Mehdi Ben Barka considère que ces documents déclassifiés n'apportent rien de véritablement nouveau, en particulier en ce qui concerne les complicités des services français. En 2001, d'autres sont déclassifiés. La ministre de la défense Michèle Alliot-Marie a accepté de déclassifier les 73 restants sur cette affaire qui reste trouble, sans susciter d'euphorie chez la famille Ben Barka.

[] Les révélations de Lucien Aimé-Blanc

De 1956 à 1959, Mehdi Ben Barka est président de l'Assemblée consultative L'ex-commissaire Lucien Aimé-Blanc fut numéro deux de la «Mondaine», de la brigade antigang, de l'office des stups, puis chef de l'office central de répression du banditisme de 1977 à 1980. En avril 2006, il publie L'Indic et le Commissaire et révèle que la totalité des agents impliqués dans l'enlèvement de Medhi Ben Barka était écouté par le SDECE. De fait, Aimé-Blanc publie dans son livre ces écoutes téléphoniques:

"Adjoint de la brigade antigang en 1966, j'ai trouvé dans le coffre du patron une liasse de transcriptions d'une écoute téléphonique répertoriée «Orion 113» et posée par un service de la Sûreté nationale sur la ligne d'un hôtel de rendez-vous de l'avenue Niel à Paris (XVIIe). A la lecture de ces 40 feuillets, j'ai été stupéfait de constater que c'était le point de ralliement de toute la bande identifiée comme étant les ravisseurs de Ben Barka. Ils apparaissent tous sur ces écoutes, le chef d'escale d'Air France à Orly et indic du Sdece (ancienne DGSE, les services secrets, ndlr), Antoine Lopez, comme les truands Boucheseiche, Figon, Palisse... Il transparaît en filigrane de ces conversations, enregistrées tout le mois précédant la disparition de Ben Barka, que ces individus liés à un général marocain projettent l'enlèvement d'un homme qui doit arriver à Orly. Il est donc clair que la brigade centrale de recherche criminelle, qui surveillait cet hôtel de passes sans avoir de compétence sur Paris, était au courant de ce projet. A l'époque, ces écoutes remontaient également au ministère de l'Intérieur et au conseiller de Matignon. J'en déduis que le service de la Sûreté nationale qui a branché cet hôtel savait ce qui se tramait, et s'il n'est pas intervenu pour déjouer cet enlèvement, c'est soit par négligence coupable, soit sur ordre." [5]

Les écoutes en question, indique Lucien Aimé-Blanc, n'ont pas été communiquées au juge Zollinger, chargé de l'enquête sur la disparition de Ben Barka. L'Express écrit ainsi que "ces écoutes prouvent, en tout cas, que le ministre de l'Intérieur - au moins - savait qu'une mauvaise action se préparait contre Ben Barka. En outre, les doubles de ces écoutes étaient automatiquement transmis au cabinet du Premier ministre de l'époque, Georges Pompidou." [6].

[] Références

  1. "Un crime protégé par la raison d’État" in L'Humanité du 29 octobre 2005
  2. "L'Affaire Ben Barka n'est toujours pas élucidée" in L'Humanité du 29 octobre 2005
  3. "Un crime d'États", entretien avec Bachir Ben Barka publié par L'Humanité le 3 novembre 2005
  4. "L'Affaire Ben Barka n'est toujours pas élucidée" in L'Humanité du 29 octobre 2005
  5. "Mon indic a flingué Pierre Goldman", entretien avec Lucien Aimé-Blanc publié par Libération le 20 avril, 2006
  6. "Affaire Ben Barka - Le pouvoir savait" publié par L'Express du 13 avril 2006

[] Bibliographie et films

  • Lucien Aimé-Blanc et Jean-Michel Caracdec'h, L'Indic et le Commissaire, éditions Plon, 2006.
  • Jacques Derogy et Frédéric Ploquin, Ils ont tué Ben Barka, éd. Fayard, 1999
  • L'enlèvement a inspiré le film d'Yves Boisset : L'Attentat (1972), ainsi que J'ai vu tuer Ben Barka en 2005.

[] Liens externes

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