Laïcité
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La laïcité désigne le principe de séparation du pouvoir politique et administratif de l'Etat et du pouvoir religieux, ainsi que le caractère des institutions qui respectent ce principe.
Issu du grec "laos" (le peuple) : est laïc ce qui est relatif au peuple et est indépendant des organisations religieuses.
Selon ce principe, la croyance religieuse relève de l'intimité de l'individu. Les convictions religieuses -ou l'absence de conviction- de chacun, qu'il faut peut-être distinguer des options spirituelles ou métaphysiques théistes plus ou moins indépendantes des religions, sont alors volontairement ignorées par l'administration.
La laïcité implique un enseignement d'où la formation religieuse (dans le sens enseignement de la foi) est absente. Pour autant, l'enseignement des religions n'est pas incompatible avec la laïcité, tant qu'il ne s'agit que de décrire des « us et coutumes », et si l'on présente chaque religion d'un point de vue extérieur à celle-ci (si tant est qu'il soit possible de transmettre une culture religieuse en faisant abstraction du dogme qu'elle véhicule et que l'on puisse traiter toutes les religions de manière égale).
Par ailleurs, le terme laïc est également utilisé au sein de la religion catholique dans un sens très différent : il désigne toute personne qui n'est ni clerc, ni religieux (ce qui ne l'empêche pas de se voir confier certaines responsabilités au sein de l'Église).
Note : au masculin et au neutre, laïc (adjectif ou nom) désigne le non clerc (cf ci-dessus) et laïque ce qui a trait à la laïcité, au féminin on doit utiliser la forme laïque dans tous les cas.
Cf, dans le Préambule de la Constitution: "l'enseignement laïque" (pour plus d'informations: cf. le n° de la revue Mots : "Laic, Laïque, Laïcité", Juin 1991)
Sommaire |
[] Origines de la laïcité
Au Ve siècle, le pape Gélase Ier avait énoncé la doctrine des deux glaives visant à séparer le pouvoir temporel et l'autorité spirituelle.
La laïcité est indépendante de la liberté de culte. Celle-ci apparaît historiquement bien avant, dans des États décidant de tolérer d'autres religions que leur(s) religion(s) d'État(s). Mais la liberté de culte change de nature : tous les cultes y sont égaux, et subordonnés aux règles de l'Etat. Si une règle religieuse entre en contradiction avec une règle de l'Etat, les adeptes de cette religion se trouveront persécutés. La laïcité est donc parfaitement compatible avec une liberté de culte restreinte (indépendamment de tout jugement sur la légitimité d'une telle restriction, qui frapperait par exemple un culte pratiquant les sacrifices humains...)
Les mots de la famille laïcité recouvrent deux acceptions :
- les termes apparus au XIIe siècle et XIIIe siècles (lai, laïc) et ayant pour origine le mot grec laikos (du grec laos, peuple) concernent des classifications au sein de l'Église catholique. Ils signifient « Qui n'appartient pas au clergé ni à un ordre religieux ».
- les termes apparus au XIXe siècle (laïque, laïcité) sont dérivés du mot laïc et ne désignent plus une réalité propre à l'Église catholique mais un principe de séparation du pouvoir politico-administratif et du pouvoir religieux. Ils signifient « Qui est indépendant vis-à-vis du clergé et de l'Église, et plus généralement de toute confession religieuse. »
Cette seconde acception est apparue au XIXe siècle avec les différentes lois sur la séparation de l'Église et de l'État en France. Le terme même de laïcité est un néologisme créé en France en 1871 par dérivation de l'adjectif laïc par Ferdinand Buisson. Cependant, aucun mot de la famille laïcité n'est présent dans le texte de loi sur l'école de Jules Ferry ni dans la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation de l'Église et de l'État.
En revanche, l'article 1 de la Constitution du 4 octobre 1958 de la Cinquième République utilise l'adjectif laïque en désignant la République française : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. » L'adjectif laïque est aussi employé pour accompagner le nom enseignement dans cette même constitution : « la Nation garantit l'égal accès de l'enfant et de l'adulte à l'instruction, à la formation et à la culture ; l'organisation de l'enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l'État ». Paradoxalement, la même constitution, en intégrant la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen du 26 août 1789, invoque l'Être suprême !
[] Aujourd'hui
La laïcité n'est pas totalement acceptée, de nombreux débats sur ce sujet, elle doit être une égalité des religions, respecter les croyances et ne pas faire de distinction de races ainsi que la liberté de conscience, et le citoyen à des droits mais également des devoirs et il se doit de les respecter :
[] Au niveau législatif
La loi ne tire pas sa légitimité d'une conformité à des préceptes religieux (pour autant, la loi peut contenir des articles qui peuvent être mis en correspondance avec tel ou tel précepte religieux).
[] Au niveau judiciaire
Le citoyen est jugé indépendamment de ses convictions religieuses.
[] Au niveau exécutif
L'exercice du pouvoir politique n'est conditionné ni par le respect de prescriptions religieuses ni par l'appartenance à un groupe religieux.
L'État laïque ne peut que reconnaître des organisations religieuses, mais pas de religions proprement dites, ni privilégier des membres d'une religion. Il défend aussi les droits de chaque citoyen contre d'éventuelles règles religieuses qui seraient en contradiction avec l'ordre public, particulièrement avec les droits et les libertés de chacun.
[] Laïcité par pays
À partir du moment où la liberté de culte est assurée, on s'aperçoit que l'influence des Églises n'est pas directement corrélée à leur statut juridique. Par exemple la Suède, pays reconnaissant l'Église évangélique luthérienne comme religion d'État jusqu'au 1er janvier 2000, est certainement l'un des pays les moins religieux d'Europe car en un siècle l'Église de Suède est devenue, comme la monarchie, un simple folklore pour la plupart des habitants.
Au contraire, des pays de constitution laïque comme la France ou le Portugal ont une tradition catholique toujours vivace. Le classement suivant repose donc uniquement sur le statut juridique des Églises, sans présumer de leur poids politique effectif.
[] Pays constitutionnellement laïques
- France : article 1 de la constitution de 1958. (Voir aussi l'article détaillé : laïcité en France)
- Turquie : article 2 de la constitution. Le mot turc Laiklik vient directement du français. Elle est le seul pays laïc dans le monde musulman.
- Mexique : article 3 de la constitution de 1917.
- Inde : 42e amendement à sa Constitution de 1947, le Constitution Act (1976) a permis d'inclure le mot secular devant les mots « Democratic Republic » dans son préambule.
- Cuba en 1959
- Uruguay : article 3 de la constitution de 1997 (Tous les cultes sont libres en Uruguay. L'état ne soutient aucune religion.)
[] Japon
Le Japon est un pays laïc selon article 20 de la Constitution de 1947. Durant la première moitié du XXe siècle, et particulièrement durant les années 30, les régimes militaristes qui gouvernèrent le Japon avaient imposé le "shintoïsme d'État", forme exacerbée et instrumentalisée du shintoïsme traditionnel. Élaborée et adoptée durant l'Occupation américaine (1945-1952), la Constitution actuelle intègre les conceptions occidentales de laïcité et de séparation de l'Église et de l'État.
[] Portugal
L'article 41, paragraphe 4 de la constitution de 1976, établit que l'État est laïc. Toutefois, il s'agit là d'une laïcité seulement théorique, car le concordat de 1940 avec le Saint-Siège est resté en vigueur, de même que la loi n° 4 du 21 août 1971, souvent qualifiée de loi relative à la liberté religieuse, qui affirme également le statut spécial de l'Église catholique. Cette spécificité a été encore confirmée en 2004, lorsque le Portugal a signé avec le Saint-Siège un nouveau concordat, permettant d'actualiser l'ancien dont certaines dispositions, en particulier relatives aux activités missionnaires dans les anciennes colonies portugaises, étaient obsolètes. Le nouveau concordat reconnaît certes la liberté religieuse, mais « garantit le caractère exceptionnel des relations entre le Portugal et l'Église catholique sans que rien n'entre en contradiction avec l'ordre juridique portugais », et montre bien que le principe constitutionnel de laïcité n'est que purement formel.
[] États-Unis d'Amérique
Les États-Unis sont une République fortement imprégnée par les valeurs chrétiennes (tradition puritaine pour la Nouvelle-Angleterre, mais aussi baptiste, méthodiste, et catholique). Pourtant, dès l'époque de la Révolution américaine, l'idée de laïcité est un concept incontournable en Amérique, hérité des Lumières : la Déclaration d'indépendance américaine, rédigée par le déiste Thomas Jefferson en 1776, fait référence à un Dieu créateur qui légitime les droits de l'Homme. Jefferson était farouchement attaché à la séparation des Églises et de l'État, comme en témoigne ses écrits :
« J'ai toujours considéré qu'il s'agissait d'une affaire entre l'homme et son créateur, dans laquelle personne d'autre, et surtout pas le public, n'avait le droit d'intervenir[1]. »
Dans dans l'une de ses lettres, Jefferson évoque l'impérieuse nécessité d’un « mur de séparation » entre l’État et les Églises[2].
D'autres pères fondateurs des États-Unis se sont prononcés en faveur de la séparation des Églises et de l'État :
- George Washington :
« Tous possèdent également la liberté de conscience et les protections de la citoyenneté. Le gouvernement des États-Unis n'apporte aucun soutien au sectarisme, ni aucune assistance à la persécution, et requiert seulement que tous ceux vivant sous sa protection se conduisent en bons citoyens [...] Les croyances religieuses d'un homme ne le priveront pas de la protection des lois, ni du droit d'obtenir et d'exercer les plus hautes fonctions publiques existantes aux États-Unis[3]. »
- James Madison :
« Le gouvernement n'a pas l'ombre d'un droit de se mêler de religion. Sa plus petite interférence serait une usurpation flagrante[4]. »
- John Adams :
« Le gouvernement des États-Unis n'est en aucune manière fondé sur la religion chrétienne ; il n'a aucune inimitié envers la loi, la religion ou la tranquillité des musulmans[5]. »
- Thomas Paine :
« De toutes les tyrannies qui frappent l'humanité, la pire est la tyrannie en matière de religion[6]. »
Officiellement, la religion est séparée de l'État par le premier amendement de la constitution de 1787. Fait notable pour l'époque, ni la constitution ni la Déclaration des Droits (les dix premiers amendements), les deux textes fondateurs de la République américaine, ne font aucune référence à Dieu ou à la Providence. Ainsi, depuis la fin du XVIIIe siècle siècle, il n'y a pas de religion officielle dans ce pays. Pourtant, les reférences à Dieu sont omniprésentes dans la pratique politique : George Washington, fut le premier président à introduire le serment sur la Bible, alors que la constitution ne prévoyait qu'un simple serment[7]. Le In God we trust sur les billets (En Dieu, nous croyons) qui est devenu une devise officielle des États-Unis le 30 juillet 1956, sur l’initiative d'un député de Floride (Charles E. Bennett), le serment des présidents américains sur la Bible lors de l'investiture etc. Dans le système éducatif américain, l'État fédéral ne subventionne aucune école religieuse. Enfin, il ne faut pas oublier que le premier amendement fait partie de la première constitution à garantir la non ingérence de l'État dans les religions et la liberté de culte. La définition du Dieu auquel se réfère l'État américain est pensée et vécue comme le point commun à toutes les religions, il ne s'agit donc pas d'un Dieu précis, attaché à un culte défini. D'une manière différente de la France, où l'État rassemble par son indifférence aux cultes, l'État américain rassemble en créant un point commun qui est le fait de croire. C'est la conséquence étonnante d'une laïcité tolérante : en se refusant toute ingérence étatique dans la vie religieuse des citoyens, les fondateurs des États-Unis ont attiré dans leur pays de nombreux immigrants très religieux, parfois brimés dans leurs pays d'origine : Mennonites, baptistes, anabaptistes, Amishs, Quakers juifs, etc. La forte religiosité américaine, qui connaît son pic pendant la guerre froide, n'est donc pas le vœu des fondateurs du pays mais la conséquence des conditions dans lesquelles le pays s'est construit.
[] Pays séculiers
Pays reconnaissant aux Églises un statut spécial par rapport aux autres associations ou dont la constitution fait référence à Dieu. La constitution de ces pays établit la séparation de l'Église (compris comme religionS) et de l'État.
[] Canada
À proprement parler, le droit canadien n'a pas fait sien le concept de laïcité. Mais une jurisprudence déjà ancienne souligne qu'il n'y a «pas de religion d'État» au Canada (affaire Chaput c. Romain, Cour suprême, 1955). Aujourd'hui, le préambule de la Charte canadienne des droits et libertés (1982) commence par l'énoncé suivant: "Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit". La référence à Dieu n'a vraisemblablement qu'une portée symbolique. En droit canadien, les rapports entre l'État et les religions se situent en effet dans un cadre juridique bien délimité par les libertés fondamentales de conscience et de religion. La liberté de religion comporte aussi bien la liberté de croire et de professer ses croyances, que le fait de ne pas être forcé d'agir contrairement à sa conscience ou à ses croyances (J. Woerhling). Pour l'État, elle implique, comme en France, une certaine obligation de neutralité religieuse. C'est pourquoi une loi qui reprend à son compte les préceptes d'une religion, par exemple en créant une infraction pénale sur la base d'une interdiction religieuse, pourra être déclarée inopérante par les tribunaux dans le cadre du contrôle de la constitutionnalité des lois (affaire Big M Drug Mart, Cour suprême, 1985, à propos d'une loi qui interdisait de travailler le dimanche). Mais l'équilibre entre la neutralité de l'État et le respect de la liberté religieuse n'est pas le même qu'en France. Lorsqu'il s'agit des prérogatives de l'individu, le droit canadien se montre nettement plus "ouvert" à l'expression des appartenances religieuses et ce, même au sein de la sphère publique. Par exemple, on autorise les agents sikhs de la Gendarmerie royale du Canada à porter le turban plutôt que le couvre-chef réglementaire (affaire Grant, Cour d'appel fédérale, 1995) et les élèves sikhs à porter le kirpan, dans la mesure où celui-ci est porté dans des conditions sécuritaires (affaire Multani, Cour suprême, 2006). De même, le port du foulard islamique est autorisé dans les écoles publiques, au nom du principe d'accommodement raisonnable ([1]avis de la Commission des droits de la personne du Québec, 1995).
En ce qui concerne l'enseignement religieux à l'école publique, en principe la situation est susceptible de varier d'une province à l'autre. En pratique, elle tend partout vers une déconfessionnalisation de l'enseignement. De plus en plus, celui-ci se caractérise par une lecture culturelle, sociologique et éthique du fait religieux. C'est ainsi qu'à partir du 1er juillet 2008, le Québec remplacera l'enseignement confessionnel catholique et protestant, offert dans ses écoles publiques, par un programme d'éthique et de culture multireligieuse, ce que certains condamnent comme une incitation à la relativisation de toutes les religions plutôt qu'un respect de celles-ci.
[] Espagne
L'instruction religieuse catholique est obligatoire. Après la mort du dictateur Francisco Franco, les gouvernements socialistes qui lui succédèrent dès le rétablissement de la Royauté, firent passer l'accord de 1979 qui stipulait :
- À la lumière du principe de la liberté religieuse, l'action éducative respectera le droit fondamental des parents sur l'éducation morale et religieuse de leurs enfants dans le milieu scolaire. En tous les cas, l'éducation diffusée dans les centres d'enseignement publics sera respectueuse des valeurs de l'éthique chrétienne
Mais, à la demande du cardinal Antonio María Rouco, le 26 février 2002, le gouvernement de José Maria Aznar rétablit une disposition du temps de la dictature, du Concordat de 1953. Selon cette disposition, l'article 27 de ce concordat est remis, pour partie, en vigueur en décembre 2003. Il stipule :
- L'État garantit l'enseignement de la Religion Catholique comme matière ordinaire et obligatoire dans tous les centres d'enseignement, qu'ils soient publics ou privés, quels qu'en soit la nature et le niveau
En sorte que le catholicisme est une matière qui compte aux examens. Les autres religions n'ont droit qu'à un enseignement de morale civique où les religions autres que catholique sont qualifiées d'hérésies. Cette disposition fut abolie en 2004, dès les élections.
Le 22 juillet 2005, le gouvernement socialiste a rendu public un projet de loi qui rendrait les cours de religion catholique facultatifs à l'école publique. Revenant sur des dispositions instaurées par José Maria Aznar, le projet prévoit aussi que les notes obtenues par les élèves dans cette matière ne compteront plus pour obtenir des bourses, aller à l'université ou passer en classe supérieure. Si 82,4 % des Espagnols se déclarent catholiques et 47,7 % d'entre eux pratiquants, les nouvelles mesures semblent soutenues par une majorité de la population.
[] Europe
- Pays-Bas : l'Église réformée a perdu le statut de religion d'État en 1983. Les Pays-Bas reconnaissent un principe différent de celui du sécularisme, celui de la pilarisation.
- Belgique : depuis la fondation du Royaume en 1830, les membres du clergé des confessions reconnues par l'État sont rémunérés par lui. Actuellement, six religions sont reconnues : le catholicisme (auquel est reconnu également une position de confession dominante du Royaume), le protestantisme, l'anglicanisme, l'orthodoxie, le judaïsme et l'islam, auxquelles vient s'ajouter la communauté dite «laïque», qui est traitée de manière analogue et reçoit également des rémunérations de l'État. La «laïcité organisée» organise d'ailleurs des cérémonies à l'instar des autres cultes tels que le parrainage, le mariage, les fêtes de la jeunesse laïque, les funérailles…
- Grèce : la constitution fait référence à la Sainte Trinité, le prosélytisme des religions autres que l'orthodoxie grecque est interdit, et, de manière générale, l'Église grecque orthodoxe a en pratique le statut de religion d'État (par exemple, le président et le vice-président doivent être de cette confession).
- Allemagne : le préambule de la constitution (comme celle de la France) fait reférence à Dieu : « Conscient de sa responsabilité devant Dieu et devant les hommes, … ». L'État recolte des impôts ecclésiastiques ensemble avec les impôts sur le revenu (prélevés à la source, raison pour laquelle l'appartenance religieuse est révélée à l'employeur qui doit faire les calculs nécessaires). Il existe une instruction religieuse dans les écoles publiques, dispensée aux adhérents d'un culte sauf décision contraire des parents (ou de l'élève plus âgé, généralement à partir de 14 ans); un cours d'«éthique» (ou de «philosophie pratique», «valeurs et normes») doit souvent être suivi par ceux qui ne suivent pas un cours de religion.
- Autriche
- Luxembourg
- Italie : le pays est sous régime concordataire depuis les accords du Latran (1929), qui stipulaient que le Catholicisme était religion d'État en Italie, et ont été incorporés dans la constitution actuelle, de 1948, qui affirme dans son article 7 l'indépendance et la souveraineté de l'État et de l'Église catholique, « chacun dans son ordre propre ». Suite à des problèmes juridiques posés par la contradiction entre les accords du Latran et la constitution de 1948, en particulier en matière matrimoniale, un nouveau Concordat fut négocié en 1984. Si celui-ci abandonne le statut de religion d'État de l'Église catholique, il affirme en revanche que « les principes du catholicisme font partie du patrimoine historique du peuple italien » et maintient l'enseignement de la religion catholique dans les écoles.
- Irlande bien que n'étant pas sous régime concordataire, le pays est fortement marqué par sa tradition catholique. La constitution fait référence à la Très Sainte Trinité, et un statut particulier est accordé à l'Église catholique, qui joue un rôle important dans le pays.
- Suisse; les situations cantonales sont diverses, certains cantons reconnaissant la prééminence de certaines Églises (catholicisme, protestantisme, vieux-catholiques et/ou judaïsme).
- Russie : la constitution de 1993 pose les principes de la laïcité dans la fédération de Russie. Pourtant, depuis la chute du régime communiste, le pays connaît un renouveau de la religion orthodoxe et une progression de l'islam. En 2006, dans quatre régions, les cours de civilisation orthodoxe sont obligatoires dans les écoles[8]. Ailleurs, ils restent facultatifs. Le patriarche de Moscou est présent aux cérémonies officielles. L'Islam est enseigné dans les Républiques du Caucase.
Le Conseil de l'Europe exhorte ses États membres à refuser le relativisme culturel et rappelle la primauté de la séparation des Églises et de l'État et des droits de l'homme, et notamment des femmes sur le respect excessif de la "liberté religieuse", et condamne toute coutume ou politique fondée sur ou attribuée à la religion qui irait à son encontre, citant les mariages forcés, les mutilations génitales, les oppositions au divorce ou à l'avortement, l'imposition de code vestimentaire aux mineures. (Résolution femmes et religion en Europe).
[] Pays avec religion d'État
Pays où une religion est déclarée comme « dominante » par la Constitution.
- Malte, Monaco et Saint-Marin (Église catholique romaine) ;
- Grèce (Église orthodoxe)
- Angleterre (Église anglicane) ;
- Écosse (Église presbytérienne) ;
- Danemark, Finlande, Islande, Norvège et Suède (Église évangélique luthérienne) ;
- Algérie, Iran, Maroc,Mauritanie et Syrie (Islam) ;
- Bhoutan, Cambodge et Thaïlande (Bouddhisme).
[] Israël
Fondé comme l'État Pour les juifs, il devint L'État juif, à la suite d'un accord entre David Ben Gourion et la minorité orthodoxe dans le but d'obtenir son soutien dans la guerre d'indépendance contre la Grande-Bretagne. Aujourd'hui, la situation israélienne est complexe :
- l'état civil est régi par la loi religieuse (pour tout citoyen, même non juif),
- les conversions obtenues à l'étranger auprès de rabbins libéraux n'étaient pas reconnues jusqu'au 20 février 2002, date où la Cour Suprême a rendu un verdict obligeant le ministère de l'Intérieur à inscrire comme juifs 24 personnes converties par des rabbins massortis et libéraux ; les mariages sur le territoire national doivent être effectués par des rabbins orthodoxes, mais les mariages massortis (conservateurs) sont admis si la cérémonie a lieu à l'étranger.
- deux consistoires représentent l'autorité religieuse : un ashkenaze et un séfarade ; ceux qui ne se réclament ni des uns ni des autres, comme les falashas, sont donc défavorisés.
- le divorce peut être demandé par les femmes comme par les hommes, uniquement auprès de l'autorité religieuse (ou civile pour les étrangers résidents) ; malheureusement pour les femmes demandant un divorce religieux, selon la version orthodoxe du judaïsme, leur mari peut leur refuser indéfiniment le divorce sans encourir de sanction.
- l'État a pris des mesures pour favoriser le financement des congrégations massorti (conservateur sur la foi, moderne sur la théologie morale et la laïcité) et libérales (moderne sur tous les points), mais en pratique les orthodoxes continuent d'être favorisés dans l'attribution des subsides et locaux de culte.
- seuls les citoyens juifs et les citoyens druzes font le service militaire.
- la mention « juif », « druze », « arabe » est précisée sur la carte d'identité.
[] Pays théocratiques
Gouvernements dans lesquels les clercs ou leurs représentants exercent l'autorité au nom de Dieu.
- Voir l'article dédié Liste de théocraties.
[] Un cas particulier : l'Union européenne
L'Union européenne regroupe des États ayant des conceptions différentes de la laïcité. Pour tenter de gommer ces divergences, le Projet de traité instituant une Constitution pour l'Europe (juin 2003) consacre l'article 51 de sa première partie au statut des Églises et des organisations non confessionnelles :
- 51-1 : L'Union respecte et ne préjuge pas du statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les Églises et les associations ou communautés religieuses dans les États membres.
- 51-2 : L'Union respecte également le statut des organisations philosophiques et non confessionnelles.
- 51-3 : Reconnaissant leur identité et leur contribution spécifique, l'Union maintient un dialogue ouvert, transparent et régulier, avec ces Églises et organisations.
Beaucoup en France se sont élevés contre l'alinéa 3, dont ils estiment qu'il accorde aux Églises des privilèges incompatibles avec une constitution laïque. Ils proposent sa suppression, l'alinéa faisant de toute façon double emploi avec l'article 46(-2): « Les institutions de l'Union entretiennent un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les associations représentatives et la société civile. »
En revanche, d'autres ont regretté qu'il ne soit pas fait référence, non pas à la religion, mais à la culture chrétienne comme socle commun des peuples européens. Mais, il s'agissait d'une référence implicite aux fondements judéo-chrétiens d'une partie seulement de nos systèmes moraux, juridiques et politiques, qui impliquait aussi, de facto, une prise de position sur l'entrée des Balkans et de la Turquie, pays laïque de tradition musulmane.
(sur ce sujet, cf. J-P. Willaime,Europe et religion, les enjeux du XXIe siècle, Fayard, 2004.
[] Voir aussi
[] Notes
- ↑ Nicole Bacharan, Faut-il avoir peur de l’Amérique ? , Paris, éditions du Seuil, 2005, ISBN 2020799502, p.96
- ↑ Guy Haarscher, La laïcité, Paris, PUF, que sais-je ? 3e édition, 2004, ISBN 2130539157, p.102
- ↑ Nicole Bacharan, Faut-il avoir peur de l’Amérique ? , Paris, éditions du Seuil, 2005, ISBN 2020799502, p.99
- ↑ Nicole Bacharan, Faut-il avoir peur de l’Amérique ? , Paris, éditions du Seuil, 2005, ISBN 2020799502, p.99
- ↑ Nicole Bacharan, Faut-il avoir peur de l’Amérique ? , Paris, éditions du Seuil, 2005, ISBN 2020799502, p.99-100
- ↑ Nicole Bacharan, Faut-il avoir peur de l’Amérique ? , Paris, éditions du Seuil, 2005, ISBN 2020799502, p.87
- ↑ Nicole Bacharan, Faut-il avoir peur de l’Amérique ? , Paris, éditions du Seuil, 2005, ISBN 2020799502, p.100
- ↑ Fabrice Nodé-Langlois, « L'Église s'invite dans les écoles russes », dans Le Figaro du 02/09/2006, [lire en ligne]
[] Articles connexes
- Laïcité en France
- Louis-Auguste Sabatier, théologien protestant ayant participé à la rédaction de la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905.
- Laïcité aux États-Unis d'Amérique, voir Alexis de Tocqueville : de la démocratie en Amérique.
- Rapports entre États et religions
- Voile islamique en France
- Henri Pena-Ruiz
[] Bibliographie
- Jean-Michel Ducomte, "La laïcité" Les Essentiels Milan 2001
- Jean-Michel Ducomte, "La loi de 1905 - Quand l'Etat se séparait des Eglises" Les Essentiels Milan 2005
- Jean-Michel Ducomte, "Regards sur la laïcité" Edimaf 2000
- JAVID JAVAD, Être croyant dans une société laïque, (Thèse), sous la dir. de monsieur Michel MAFFESOLI, Université Paris V René Descartes, 2005.
- Francis Messner, Pierre-Henri Prélot, Jean-Marie Woehrling (sous la dir. de), Traité de droit français des religions, Litec
- Henri Pena-Ruiz, «Histoire de la laïcité - Genèse d'un idéal», Découvertes Gallimard 2005, ISBN 2-07-030038-2
- Henri Pena-Ruiz, « La laïcité », GF Flammarion, ISBN 2-08-073067-3
- Jean Baubérot
- Vers un nouveau pacte laïque, Paris, Seuil, 1990.
- (sous la direction de Jean Baubérot) : Religions et laïcité en Europe, Paris, éd. Syros, 1994.
- Histoire de la laïcité en France, PUF, "Que sais-je?", 2003.
- Laïcité 1905-2005, entre passion et raison. Le Seuil, 2004.
- Blog sur la laicité
- Odon Vallet, Petit lexique des idées fausses sur les religions, Albin Michel 2002, ISBN 2226130934
- Rapport à Monsieur le Président de la République par la Commission de réflexion sur l'application du principe de laïcité dans la République, Paris 2003.
- Pierre Bosset, "Le droit et la régulation de la diversité religieuse en France et au Québec: une même problématique, deux approches", Bulletin d'histoire politique, vol. 13, no 3 (printemps 2005), pp. 79-95.
- José Woehrling, "L'obligation d'accommodement raisonnable et l'adaptation de la société canadienne à la diversité religieuse", Revue de droit de McGill, vol. 43 (1998), pp. 321 et ss.
[] Liens externes
- Portail du Premier ministre français, page sur la laïcité
- L'État chrétien et la doctrine de l'Église (point de vue catholique)
- La laïcité : un problème dépassé ? (point de vue anticlérical)
- Réflexions sur la laïcité - Rapport du Conseil d'État français
- Dossier Laïcité, communautarisme et principes républicains de l'Observatoire du communautarisme
- Vigilance laïque - les candidats à la présidentielle 2007 et la laïcité
- La Laïcité à l'école - Dossier d'archives télé INA Archives Télé
