Histoire de la Nouvelle-Calédonie
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Les premières sources écrites concernant l'histoire de la Nouvelle-Calédonie remontent à sa découverte en 1774 par James Cook, mais l'archipel était habité par les kanaks depuis bien longtemps.
Sommaire |
[] Le peuplement de la Nouvelle-Calédonie
Les plus anciennes traces de peuplement de la Nouvelle-Calédonie retrouvées à ce jour remonteraient à la fin du second millénaire avant notre ère, soit il y a environ 3200 ans à 3300. Il s'agirait de populations de langues austronésiennes dont l'autre caractéristique était de maîtriser l'art de la céramique. En 1917, le géologue Maurice Piroutet tomba sur des fragments de poterie dans une localité de la côte ouest du Nord de la Grande Terre (sur la plage de Foué près de Koné) appelée Lapita. Ce nom fut par la suite retenu par les archéologues pour désigner l'ensemble de ces poteries et le complexe culturel qui y est associé non seulement pour la Nouvelle-Calédonie mais également l'ensemble du Pacifique. En effet durant tout les XXè siécle divers chantiers de fouilles devaient mettre à jour d'autres exemplaires de ces poteries. Pour la Nouvelle-Calédonie, la première grande campagne de fouilles fut celle menée en 1952 par E. W. Gifford et D. Shutler. Depuis cette date et jusqu'à nos jours les archéologues se sont succédés sur le terrain faisant d'autant progresser la connaissance du passé pré européen de la Nouvelle-Calédonie. Citons, Golson en 1962, Smart en 1969, Frimigacci (ORSTOM) dans les années 70 et 80, et plus récemment Galipaud (IRD) ou encore Christophe Sand (Université de la Nouvelle-Calédonie).
Il semble aujourd'hui qu'un certain consensus se dégage parmi les spécialistes quant à une typologie de ces poteries néo-calédoniennes. On distingue généralement deux périodes pour 5 grands types morphologiques de céramiques.
[] La période ancienne dite tradition de Koné
Il s'agit des poteries dont la datation au carbone 14 fait remonter les plus anciennes traces aux alentours de 1200 avant notre ère. Celles-ci sont de deux types.
- Les poteries de type Lapita. Celles-ci se caractérisent "par des formes complexes, fabriquées avec soin, et richement décorées de motifs stylisés si caractéristiques qu’ils évoluent peu dans l’espace et dans le temps."[1]. Ce type de poterie a été retrouvé sur huit sites distincts tous littoraux, 4 sur la côte ouest de la Grande Terre (Koumac, Koné, Bourail-Nessadiou, Nouméa), 1 à l'île des Pins (Vatcha) et 2 aux îles Loyauté (Luecila à Lifou et Patho à Maré).
- Les poteries de type podtanéan. Ces poteries dénommées également "poteries au battoir", "sont de forme simple et décorées d’impressions que l’on a plus souvent attribué à la technique de fabrication qu’a l’intention artistique."[2]. Celles-ci ont eu une diffusion plus large puisque l'on en retrouve y compris sur la côte est et l'intérieur des vallées de la Grande Terre. [3]
Pour l'archéologue néo-zélandais, R.C. Green, la coexistence à une même période de deux types de poteries serait le résultat de deux vagues migratoires distinctes [4], ce que semble néanmoins lui contester Frimigacci ou Galipaud pour lesquels ces deux styles seraient le fait de la même population mais utilisées à des fin différentes[5]. Toujours est-il que la poterie de type Lapita disparaît assez soudainement au début de notre ère, quant à celle de type podtanéan, si elle ne disparaît pas totalement, elle évolue avec l'apparition de décors incisés en forme de chevron. C'est à peu près à cette même période qu'apparaissent de nouveaux types de céramiques dont certaines continuèrent d'être façonnées juqu'au début du XXè siécle.
[] La période récente, les traditions de Naia I, Naia II et d'Oundjo
- Les poteries de type Naia I sont des poteries à anses retrouvées essentiellement dans le sud de la côte ouest entre Bourail et l'île Ouen dans des zones exclusivement littorales.
- Les poteries de type Naia II sont des poteries de petite taille et à pustules localisées elles aussi essentiellement dans le sud sur le littoral mais également à l'intérieur des terres.
- Les poteries de type Oundjo seraient apparues sans doute peu avant l'arrivée des premiers navigateurs européens et sont présentes exclusivement dans le Nord de la Grande Terre. Les archéologues en distinguent deux styles, les unes étant de petites tailles et de forme sphérique, les autres plus volumineuses et de forme ovoïde.
Voir aussi : Peuplement de l'Océanie
Voir aussi: Lapita
[] La découverte

La découverte de l'archipel de Nouvelle-Calédonie a eu lieu assez tard dans l'histoire des découvertes océaniennes. En effet l'Anglais James Cook l'aperçoit seulement le 4 septembre 1774, au cours de sa deuxième expédition. Il la baptise Nouvelle-Calédonie (Calédonie voulant dire Écosse en latin). Ce premier contact lui donne une bonne impression. La motivation de ce choix semble arbitraire, James Cook etant originaire du Yorkshire.
Par la suite, l'île suscite plutôt l'intérêt de navigateurs français : La Pérouse (1785), d'Entrecasteaux (1792), Dumont d'Urville (1827), bien que quelques navigateurs anglais s'y rendent : Hunter (1791) et Kent (1803).
De 1810 à 1840, l'île est de plus en plus fréquemment abordée par des baleiniers, des marchands, des trafiquants et des aventuriers de toutes sortes.
[] La colonisation

À partir des années 1840, les missionnaires catholiques (français) et protestants (anglais) travaillent à l'évangélisation des tribus kanaks. En 1864 une expédition militaire aux îles Loyauté est organisée pour mettre fin à l'influence anglaise protestante.
Le contre-amiral Febvrier-Despointes prend possession de l'île à Balade (nord) pour la France, le 24 septembre 1853, et le 29 septembre il négocie l'annexion de l'île des Pins avec le grand chef Vandegou.
De 1853 à 1877, il y a un mouvement de colonisation pionnière vers la Nouvelle-Calédonie. C'est sous l'influence des pères maristes que la France a décidé de coloniser cette lointaine terre du Pacifique. Les premiers militaires français accostent en Nouvelle-Calédonie, envahissant des milliers d’hectares de terre, et chassant les premiers habitants, les Kanaks, des sols les plus fertiles. La population locale est victime de nombreux massacres.
Napoléon III décide en 1863 de créer le bagne de Nouvelle-Calédonie. Les « transportés » arrivent entre 1864 et 1897. En 1872, les déportés politiques de la Commune de Paris y sont envoyés. Ils y côtoient les déportés de la révolte kabyle de 1871. Libérés, ils peuvent obtenir des concessions de 4 hectares sur l'île pour qu’ils deviennent paysans.
En 1874, suite à l'évasion de six communards déportés dont Henri Rochefort, le gouverneur Gautier de la Richerie est remplacé par Léopold de Pritzbuër. Dans le décret du 12 décembre 1874 signé par Mac Mahon les pouvoirs du gouverneur sont étendus de même que ceux du directeur de l'administration pénitencière.
Le 22 juillet 1884 Le Boucher directeur de l'Intérieur en Nouvelle-Calédonie est nommé gouverneur. Il est le premier Gouverneur civil.
De 1884 à 1894 se succèdent 10 gouverneurs :
- Le Boucher du 22 juillet 1884 au 13 mai 1886
- Lt-Col Orius en mai-juin 1886
- Louis Nouet du 5 juin 1886 au 30 juillet 1888
- Morrachini , puis Colonel Pons en 1888 ,
- Noêl Pardon du 12 janvier 1889 au 14 avril 1891
- Laffon du 14 avril 1891 au 16 décembre 1892
- Picquie du 16 décembre 1892 au 21 février 1894
- Ghouarhou en 1894.
À partir de 1895, sous l'impulsion du gouverneur Paul Feuillet, on met fin au bagne et la colonisation libre est encouragée. Les colons européens reçoivent des terres pour produire du café tandis que l'immigration asiatique est encouragée pour l'exploitation minière qui débute en 1910.
Fait notable : la Nouvelle-Calédonie est, avec l'Algérie, la seule colonie de peuplement française. Les Métropolitains y sont venus nombreux au point d'égaler le nombre des autochtones (on appelle « Caldoches » les métropolitains nés sur le territoire, alors que les immigrants sont dénommés « Zoreilles »). Au fur et à mesure des vagues de colonisation, les Kanaks furent soumis au code de l'indigénat (qui n'est aboli qu'en 1946), ils n'ont jamais été mis dans des réserves. Frappée par les maladies, l'alcoolisme, et la sous-nutrition, la population autochtone, estimée à 100 000 personnes en 1853, n'en compte plus que 20 000 en 1920.<!- est-ce sur, la population aurait triplé en 60 ans?>
[] Une histoire tourmentée
Les Kanaks n'ont jamais vraiment accepté cette colonisation et des révoltes ont lieu tout au long du XIXe siècle. Entre 1850 et 1878 ce ne sont que des révoltes épisodiques, éparpillées dans tous les coins de l'île. La première révolte rassemblant plusieurs tribus autour du chef Ataï a eu lieu en 1878 et s'est soldée par la mort du chef (qui a été décapité par des Kanaks armés par les Français, et dont la tête est conservée à Paris dans un bocal) et par un sentiment d'humiliation pour les Kanaks dont la population a rapidement décliné.
D'autres révoltes ont eu lieu, en 1913 dans le nord, et une importante en 1917, dirigée par le chef Noël Doui, lui aussi décapité par des Kanaks.
En 1931, un groupe de Kanaks est exposé dans une cage, à l'occasion de l'exposition coloniale de Paris (Didier Daeninckx en fait un récit dans son livre intitulé Cannibale).
[] La Nouvelle Calédonie et la seconde guerre mondiale
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Nouvelle-Calédonie se rallie à la France Libre en 1940[6] et devient une base pour les Américains engagés dans la campagne du Pacifique. Le 12 mars 1942 plusieurs dizaines de milliers d'hommes[7]arrivent en Nouvelle-Calédonie, c'est un bouleversement pour un si petit territoire. Des aérodromes sont aménagés (Tontouta, plaine des Gaïacs...), des centres hospitaliers sont installés à l’Anse-Vata, à la Conception, à la Dumbéa, au nord de Bourail, sur la côte est et dans l’extrême nord.
Certains quartiers de Nouméa portent encore les noms des zones militaires américaines : Motor Pool, Receiving, ...
[] Le maintien dans le giron de la République
Après la Seconde Guerre mondiale, les Kanaks espéraient profiter du mouvement de décolonisation pour se libérer aussi. Mais si, en 1946, le code de l'indigénat est supprimé et si les Kanaks obtiennent la citoyenneté française, ils n'obtiennent le droit de vote complet qu'en 1957[8]
La Nouvelle-Calédonie est alors un territoire d'Outre Mer que les lois cadres dites Defferre de 1957 amènent vers plus d'autonomie. Mais alors qu'un mouvement de décolonisation s'amorce dans les autres colonies françaises au début des années 1960[9], le procesus connaît pour la Nouvelle-Calédonie et les autres territoires français du Pacifique un brutal coup d'arrêt revenant sur l'essentiel des lois cadres : en 1963 le Conseil de Gouvernement est placé sous l'autorité du Gouverneur et en 1968, la loi Billote retire à l'Assemblée territoriale de Nouvelle-Calédonie l'essentiel ses pouvoirs, entre autres sur le nickel.[10]
Dans les années 1960, la population kanak devient majoritaire, ce qui inquiète les colons, d'autant que des revendications commencent à s'exprimer. Si bien que les autorités métropolitaines décident d'encourager l'émigration vers l'île. Cette immigration est facilitée par le boum du nickel qui offre aux immigrants une perspective économique souriante. Entre 1969 et 1976, la population de l'île s'accroît de plus de 20 % avec près de 20 000 nouveaux immigrants. Si les Kanaks sont toujours plus nombreux que les Européens (environ 55 000 contre 50 000 en 1976), ils ne sont toutefois pas majoritaires, en raison de la présence d'autres communautés allogènes (26 000) : Asiatiques, Polynésiens et Wallisiens.
[] Le mouvement indépendantiste
Les mouvements autonomistes se sont radicalisés au cours des années 1970 avec la création en 1968 des Foulards rouges[11] puis du Groupe 1878[12] fondé en 1974 qui s'unissent dans un Comité de coordination pour l'indépendance, bientôt rejoints par l'Union multiraciale de Nouvelle-Calédonie qui vient de rallier le camp indépendantiste. L'union au sein du comité ne tient pas longtemps mais il a permis la restructurations des différents groupes : le Palika issu du Groupe 1878 et des Foulards rouges est fondé au congrès de Temala en décembre 1975.
En 1977, l'Union calédonienne bascule elle aussi dans le camp indépendantiste. Avec l'élection de François Mitterrand en 1981 les attentes indépendantistes se font pressantes.
Unis à partir de 1984 sous la bannière du FLNKS (Front de libération nationale kanak et socialiste), les espoirs indépendantistes sont rapidement déçus. Alors qu'ils comptaient sur la bienveillance du gouvernement socialiste, la mort du secrétaire général de l'UC, l'indépendantiste radical Eloi Machoro, le 12 janvier 1985, plonge les indépendantistes dans la douleur et la colère en rappellant l'assassinat, resté impuni, de son prédécesseur à ce poste, Pierre Declercq. Les nationalistes Kanaks considèrent qu'il s'agit d'un assassinat commandité par l'État français et couvert par Edgard Pisani, ministre de la Nouvelle-Calédonie.
Même si le FLNKS appelle à l'apaisement cette disparition attise les rancœurs, ce qui explique entre autres l'attaque commando d'Ouvéa.
En avril et mai 1988, la petite île d'Ouvéa, est en effet marquée par deux drames : l'attaque des locaux de la gendarmerie par un commando indépendantiste (4 gendarmes assassinés), suivie de l'assaut, 15 jours plus tard, de la grotte où ce commando retenait 22 gendarmes et un magistrat en otages.
Le 5 mai 1988, à quelques heures du second tour de l'élection présidentielle entre François Mitterrand et son premier ministre, Jacques Chirac, cet assaut, baptisé « opération Victor », se solde par la mort de 19 indépendantistes et de deux militaires.
[] Les accords de Matignon
Suite aux violences des années 1980 entre indépendantistes (Front de libération nationale kanak socialiste) et anti-indépendantistes (Rassemblement pour la Calédonie dans la République), deux accords ont été conclus et signés à l'Hôtel Matignon à Paris sous l'égide des premiers ministres Michel Rocard en 1988 et Lionel Jospin en 1998.
Le 4 mai 1989, sur l'île d'Ouvéa, le président du FLNKS (indépendantiste), Jean-Marie Tjibaou, et son secrétaire-général, Yeiwéné Yeiwéné, étaient assassinés. Leur meurtrier, Djubelly Wéa, un ancien pasteur et ancien militant du PALIKA, reprochait aux deux hommes d'avoir signé en juin 1988 les accords de Matignon avec l'État et leurs adversaires anti-indépendantistes du RPCR (Rassemblement pour la Calédonie dans la République).
L'accord du 5 mai 1998 (Accords de Nouméa) prévoit un transfert de certaines compétences entre l'État et la Nouvelle-Calédonie dans de nombreux domaines à l'exception de ceux de la défense, de la sécurité, de la justice et de la monnaie. Un scrutin d'autodétermination (indépendance ou maintien dans la République Française) sera organisé à l'issue de cette démarche vers 2018.
Le référendum du 8 novembre 1998 sur le territoire néocalédonien fait entrer l'accord de Nouméa en vigueur et marque le début du processus d'autodétermination de la Nouvelle-Calédonie.
[] Notes
- ↑ Galipaud Jean-Christophe, "Les conditions naturelles du peuplement de la Nouvelle-Calédonie" in "Milieux, sociétés et archéologues ", Paris, Karthala, 1995, p. 65-77. (Hommes et Sociétés).
- ↑ Galipaud Jean-Christophe, "Les conditions naturelles du peuplement de la Nouvelle-Calédonie" in "Milieux, sociétés et archéologues ", Paris, Karthala, 1995, p. 65-77. (Hommes et Sociétés).
- ↑ Pour en savoir plus sur ces poteries podtanéan, lire cet article http://www.archeologie.asso.nc/docus/poterie%20au%20battoir.pdf
- ↑ Green & Mitchell 1983, "New Caledonian Culture History : A Review of the Archaeological Sequence", New Zealand, Journal of Archaeology 1983.
- ↑ J.C. Galipaud, "Un ou plusieurs peuples potiers en Nouvelle-Calédonie ? : analyse physico-chimique des poteries préhistoriques de Nouvelle-Calédonie" in "Journal de la Société des Océanistes", 1992
- ↑ Peu après les Nouvelle-Hébrides (Vanuatu) et les EFO (Tahiti), la Nouvelle-Calédonie est la troisième colonie de l'ensemble de l'Empire français à rejoindre la France Libre. Nombre de Calédoniens de toutes origines s'engageront de même qu'ils le firent durant la première guerre mondiale comme volontaires auprès des Forces Françaises Libres
- ↑ Appelée la "Poppy Force"
- ↑ Seuls les chefs coutumiers, les anciens combattants ou les élites religieuses (curés, diacres, pasteurs) ne pouvaient jusqu'à cette date voter. Le combat pour les droits civiques et l'amélioration des conditions sociales des Mélanésiens furent du reste les premiers combats politique menés par l'UC.
- ↑ C'est à cette date que les territoires des ex AOF et AEF qui étaient également concernées par les lois Defferre, obtiennent leur indépendance
- ↑ Ce retour en arrière concernant exclusivement les territoires français du Pacifique est également lié au transfert du Centre d'expérimentation Nucléaire du désert algérien vers la Polynésie-française à partir de 1962, bien que la décision fut probablement prise dès 1958 et le retour de De Gaulle aux affaires. Le Pacifique devenait désormais un enjeu stratégique majeur pour les autorités françaises. Toute évolution en Nouvelle-Calédonie faisait craindre selon la fameuse théorie des dominos une contagion vers Tahiti.
- ↑ Mouvement créé par des étudiants loyaltiens venus faire leurs études en métropole
- ↑ En référence à la révolte kanak de 1878. Ce groupe était composé quant à lui essentiellement de jeunes de la Grande Terre
[] Références
- Le site du Musée de la civilisation : http://www.oceanie.org
- La Nouvelle Calédonie par Antonio Raluy (Ed. Karthala, Paris) 1990