Guillotine
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À gauche: modèle 1792, à droite: modèle 1872 (état de 1907)
Modèles historiques en échelle 1:6
La guillotine est une machine utilisée pour l'application de la peine capitale par décapitation, notamment en France, en Suisse, en Suède, en Belgique et en Allemagne. La peine de mort ayant été abolie dans tous ces pays, elle n'est plus utilisée de nos jours.
L'appareil est constitué d'une base en forme de croix, sur laquelle sont fixés deux montants verticaux hauts de quatre mètres environ, à 37 centimètres l'un de l'autre, eux-mêmes surmontés par une barre transversale et une poulie. Entre ces deux piliers coulisse une lourde lame trapézoïdale (le couperet) surmontée d'un poids métallique (le mouton) (l'ensemble pèse 40 kilogrammes). La lame est montée au sommet des montants avec une corde qui passe dans la poulie, et reste fixée à la barre transversale par un système de pince. Le condamné à mort est poussé sur une planche verticale qui bascule horizontalement, et son cou se retrouve placé dans la lunette. La lunette est un collier de bois, en forme de cercle, qui se sépare en deux demi-cercles à volonté - seule la partie supérieure est mobile - et permet d'enfermer le cou du condamné entre les deux montants, l'empêchant de bouger.
En baissant une manette située sur le montant gauche de la machine, la pince retenant le couperet s'ouvre. La lame tombe, par simple gravité, d'une distance de 2,30 metres avant de frapper le cou du condamné. La tête tombe dans une bassine de zinc, à l'avant de la machine. Le corps est poussé dans un grand panier d'osier doublé de zinc, qui se trouve latéralement à droite de la guillotine.
Sommaire |
[] Origines

Dessin de George Cruikshank (1819).
« Pas de Dieu ! Pas de religion ! Pas de roi ! Pas de constitution ! » .
Sous l'Ancien Régime, il existait une multitude de modalités d'application de la peine capitale, selon le crime et la condition du condamné : la décapitation à l'épée (ou à la hache) était réservée aux nobles, la pendaison aux voleurs, le bûcher aux hérétiques, la roue aux bandits de grands chemins, l'écartèlement aux régicides.
La méthode de décapitation mécanique est préconisée dans deux discours à l'Assemblée constituante les 10 octobre et 1er décembre 1789 par le docteur Joseph-Ignace Guillotin, qui considérait cette méthode comme plus humaine que la pendaison ou la décapitation à l'aide d'une hache. En effet, l'agonie des pendus pouvait être longue, et certaines décapitations à la hache étaient ratées, demandant plusieurs coups. Guillotin estimait que l'instantanéité de la punition était la condition nécessaire et absolue d'une mort décente.
Le 6 octobre 1791, l'Assemblée législative promulgue une loi déclarant que « tout condamné à mort aura la tête tranchée ». L'appareil fut testé à l'Hospice de Bicêtre. Mais, en l'absence de plans précis pour la construction de la machine, la suggestion de Guillotin, bien qu'initialement soutenue par Mirabeau, mettra plus de deux ans à entrer en application.
Le premier projet de guillotine avait une lame horizontale. C'est le docteur Louis, célèbre chirurgien de l'époque, qui préconise, dans un rapport remis le 7 mars 1792, la mise au point d'une machine à lame oblique, seul moyen de donner la mort à tous les condamnés avec rapidité et sûreté, ce qui n'était pas possible avec une lame horizontale.
Le constructeur de la première guillotine fut un facteur de clavecins prussien, établit à Paris, nommé Tobias Schmidt, ami personnel du bourreau de la capitale Charles-Henri Sanson. Schmidt fabriqua la machine pour la somme de 812 livres.
Il faut noter que jamais le docteur Guillotin n'assistera à la moindre exécution capitale, et que, jusqu'à sa mort survenue en 1814, il déplorera en petit comité que son nom soit associé à la machine dont il n'avait fait que préconiser l'étude et l'usage.
Au final, et contrairement à ce qui a été maintes fois dit et écrit, le docteur Guillotin n'a pas été victime de "sa" machine, mais d'un anthrax à l'épaule gauche.
[] Les domiciles de la guillotine
En 1793, l’accusateur public du tribunal révolutionnaire Fouquier-Tinville, ordonne au bourreau Charles-Henri Sanson de trouver un lieu où entreposer la « veuve ». Elle élira finalement domicile chez l'ingénieur du département de la Seine nommé Demontier.
Lorsque Jean-François Heidenreich deviendra bourreau en 1849, la machine est déménagée au 11-13, rue Pont-aux-choux, dans le quartier du Marais. Puis il la fait déplacer de nouveau, cette fois-ci dans un hangar au 60 bis, rue de la Folie-Régnault, à deux pas prison de la Roquette. Elle y restera ainsi cinquante ans.
En 1911, alors que la Roquette est fermée. Anatole Deibler décide alors de déménager la guillotine dans une remise tout fraichement contruite de la Prison de la Santé, où auront lieux toutes les exécutions parisiennes.
Puis en 1978, le dernier exécuteur Marcel Chevalier reçoit l'ordre de l’administration de déplacer les « bois de justice » à la prison de Fresnes, où désormais toutes les exécutions capitales de France doivent avoir lieu. Cependant la guillotine restera définitivement muette, les quatre derniers condamnés à mort ayant tous été graciés.
Depuis l’abolition de la peine capitale en 1981, les deux guillotines sont désormais entreposées, démontées, dans les sous-sols de la prison de Fontainebleau.
[] Exécutés célèbres
- 25 avril 1792 le terrassier Nicolas Jacques Pelletier fut le premier condamné à mort guillotiné.
- 21 janvier 1793 : Louis XVI, ancien Roi de France
- 16 octobre 1793 : Marie-Antoinette d'Autriche, ancienne Reine de France
- 5 avril 1794 : Georges Jacques Danton
- 8 mai 1794 : Antoine Lavoisier, le « père » de la chimie moderne
- 28 juillet 1794 (10 thermidor de l'an II), Maximilien de Robespierre.
- 27 mai 1797 (8 prairial an V), Gracchus Babeuf.
- 25 février 1922 : Henri Désiré Landru, assassin de dix femmes et d'un jeune garçon.
- 17 juin 1939 : Eugen Weidmann, assassin de six personnes (dernière exécution publique en France)
- 18 octobre 1940 : Hans Vollenweider, dernier condamné à mort de Suisse, guillotiné à Sarnen
- 30 juillet 1943 : Marie-Louise Giraud, avorteuse (un crime contre la famille française sous Pétain).
- 25 mai 1946 : Marcel Petiot, assassin d'au moins 27 personnes.
- 1er octobre 1957 : Jacques Fesch - voir l'article
- 28 novembre 1972 : exécution de Claude Buffet et Roger Bontems (pour prise d'otages suivie d'assassinat perpétrés par ceux-ci)
- 28 juillet 1976 : Christian Ranucci, pour le meurtre de la petite Marie-Dolorès Rambla, en juin 1974.
- 23 juin 1977 : Jerôme Carrein pour le viol et l'assassinat d'une fillette de huit ans.
- 10 septembre 1977 : dernière exécution, celle de Hamida Djandoubi pour la torture suivi de l'assassinat d'une jeune fille.
[] Abolition en France
Les trois dernières exécutions françaises contribuèrent à mettre un terme à la peine de mort en France qui fut abolie en 1981 par l'Assemblée nationale sur proposition de François Mitterrand et Robert Badinter. En particulier celle de Christian Ranucci car certains éléments suggèreraient que ce dernier était peut-être innocent du crime dont on l'accusait (voir le Pull-over rouge de Gilles Perrault) ou, tout au moins, que de graves lacunes entachaient la qualité de l'enquête menée à ce moment-là (et le 19 janvier 2006 le journal Le Soir en Belgique fait paraître un article laissant entendre que le tueur en série Michel Fourniret pourrait être impliqué dans l'affaire).
[] Imaginaire populaire
La guillotine fut baptisée initialement « Louisette » ou « Louison » (inspiré du chirurgien royal : Antoine Louis) avant de prendre son nom définitif au grand désespoir du docteur Guillotin d'ailleurs !
Pendant la Révolution française, elle fut surnommée le grand « Rasoir national », la « Mirabelle », « l'Abbaye de Monte-à-regret », le « Vasistas », la « Veuve », et la « raccourcisseuse patriotique ».
Au XIXe siècle, on la surnommait la « Lucarne » et au XXe siècle le « Massicot » ou la « Bécane » (ces deux termes étant employés par les bourreaux), ou encore les « Bois de Justice ».
Le terme de bascule à Charlot a été également utilisé en référence au premier exécuteur à l'avoir employée : Charles Sanson.
Lorsque les exécutions avaient lieu place de la roquette, on a appelé la guillotine "l'abbaye de Saint-Pierre", jeu de mots sur les cinq pierres en croix qui marquaient son emplacement (et que l'on peut toujours voir).