Étienne Marcel
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Étienne Marcel était un prévôt des marchands de Paris et un homme politique français né vers 1315, mort à Paris le 31 juillet 1358. Il joua un rôle considérable au cours des états généraux de 1355 et 1357. Il vécut sous le règne de Philippe VI de Valois puis sous celui de son fils Jean II le Bon, qui fut marqué par le début de la Guerre de Cent Ans. Il fut marié avec Jeanne de Dammartin, fille d'un riche échevin parisien, puis avec Marguerite des Essarts, fille d'un banquier du roi dont les relations lui permirent d'entrer en politique.
Sommaire |
[] Prévôt des marchands de Paris
Fils du drapier Simon Marcel et d'Isabelle Barbou, il est issu de la riche bourgeoisie parisienne. Son mariage avec Marguerite des Essarts lui permit de créer de nouveaux liens avec les riches marchands des communes flamandes. Propriétaire dans Paris de nombreux bâtiments, il habita rue de la Vieille-Draperie, dans l’île de la Cité. En 1350, il est mentionné comme le prévôt de la Grande-Confrérie de Notre Dame, et en 1354 il succèda à Jean de Pacy comme prévôt des marchands de Paris. Cette fonction lui permit de contrôler le commerce parisien.
[] La grande ordonnance (1357)
[] Contexte historique

Depuis l'an mil et la renaissance clunisienne la société médiévale a considérablement évolué. L'Europe a fortement progressé techniquement, artistiquement et démographiquement. Les villes se sont développées créant de nouvelles classes sociales centrées sur l'artisanat et le commerce. Autant une société agricole est adaptée à un système féodal et religieux où la noblesse protège les terres et rend justice, autant les artisans et commerçants ont besoin de liberté pour entreprendre. La multiplication des affaires à régler a rendu impossible leur traitement par les rois et la grande seigneurie seuls, ils ont alors délégué une partie de leur pouvoirs judiciaires à des parlements et autres cours de justice. En Angleterre, les revers de Jean sans Terre (considéré comme illégitime et usurpant le trône de son frère Richard Cœur de Lion) contre Philippe Auguste avaient conduits les barons anglais à lui imposer en 1215 la Magna Carta, la Grande Charte, qui instituait, entre autre, la liberté des villes et le contrôle de la fiscalité par le parlement.
En France, le début de la guerre de Cent Ans fut catastrophique et le pouvoir royal très contesté à partir de la défaite de Crécy en 1346. En outre, grâce à une série d'artifices légaux, Philippe VI, était monté sur le trône de France au détriment d'Édouard III qui revendiquait aussi cette place en tant que petit-fils de Philippe IV le Bel par sa mère.
- Article détaillé : Succession de Charles IV le Bel.
De la même manière Charles de Navarre pouvait prétendre au trône, sa mère Jeanne ayant été écartée pour éviter qu'un étranger puisse prendre le contrôle du pays par mariage. À cette époque la noblesse justifia l'essence divine de son pouvoir par une conduite chevaleresque particulièrement sur le champ de bataille. Or, Crécy fut un désastre contre une armée pourtant très inférieure numériquement et où Philippe VI avait pris la fuite, remettant en cause la légitimité divine des Valois. Ce discrédit fut aggravé par l'apparition de la grande peste en 1348 corroborant l'idée que cette dynastie n'était par soutenue par Dieu. Édouard III et Charles de Navarre voyaient donc l'occasion de faire valoir leurs revendications respectives à la couronne de France et en profitèrent pour séduire les villes en laissant espérer l'institution d'une monarchie contrôlée.
En 1356, à la bataille de Poitiers, le roi Jean le Bon, ne voulant pas fuir comme l'avait fait son père à Crécy, s'était battu héroïquement mais avait été fait prisonnier par les Anglais, ce qui lui avait procuré un prestige énorme[1]. Son fils le dauphin Charles, qui avait pu quitter le champ de bataille, assura la régence et tenta de négocier avec l'Angleterre pendant que les mercenaires démobilisés, rassemblés en grandes compagnies, pillèrent les campagnes. Pour éviter de tels débordements, le dauphin proposa de créer une armée permanente de 30 000 hommes. Pour cela, il fallait récupérer de l'argent en levant de nouveaux impôts qu'il demanda en convoquant les états généraux.
[] Les états généraux
Étienne Marcel, fut le chef du tiers état aux états généraux de 1355 et de 1356.
Les débuts de la régence du dauphin Charles furent difficiles : il n'avait que 18 ans et peu de prestige personnel, d'autant qu'il avait quitté le champ de bataille de Poitiers contrairement à son père et son frère Philippe le Hardi. Ayant peu d'expérience, il dut porter sur ses épaules le discrédit des Valois. Il eut aussi le tort de s'entourer des membres du conseil du roi de son père qui furent très décriés.
Dès son arrivée à Paris dix jours après la bataille, il convoqua les états Généraux de la langue d'oïl pour le 17 octobre. Les députés du tiers état étaient au nombre de 400. Le dauphin se heurta à une forte opposition menée par Étienne Marcel à la tête de la Bourgeoisie et les amis de Charles de Navarre dit "le mauvais" regroupés autours de l'évêque de Laon, Robert Le Coq. Un comité de 80 membres, constitué sur leur initiative, appuya leurs revendications.
Étienne Marcel chercha à réformer le gouvernement et l'administration du royaume. Il exigea que les sept conseillers les plus compromis soient déstitués, que le roi de Navarre soit délivré et que les états généraux élisent un conseil de vingt personnes (dont douze bourgeois) qui assisterai le roi. À ces conditions, les états généraux étaient disposés à voter pour une année une aide d'un décime et demi sur tous les revenus des trois ordres. Pas assez puissant pour pouvoir refuser d'emblée ces propositions, le dauphin ajourna sa réponse.
Mais, manquant d'argent, il se trouva bientôt à la merci du prévôt des marchands qui avait fait prendre les armes à toutes les corporations; il fut contraint de renvoyer ses conseillers et les états généraux furent rappelés le 3 février 1357. Le dauphin dut alors accepter de promulguer le 3 mars 1357 la grande ordonnance. Longue de 61 articles, cette ordonnance promouvait l'esquisse d'une monarchie contrôlée et un vaste plan de réorganisation administrative. Une commission d'épuration composée de vingt-huit députés, devra destituer et condamner les fonctionnaires fautifs (et particulièrement les collecteurs d'impôts indélicats) et confisquera leurs biens. Le dauphin devra renonça à toute imposition non votée par les états et devra accepta la création d'un conseil de tutelle de 36 membres (12 par ordre) qui se mettra aussitôt en mesure d'exécuter un programme de réformes. L'administration royale sera surveillée de près: les finances et particulièrement les mutations monétaires et les subsides extraordinaires seront contrôlés par les états. L'ordonnance prévoyait aussi une monnaie fixe, les nobles ne devront plus être dispensés de l'impôt, le droit de réquisition des seigneurs devra être aboli et les fourrages et les chevaux devront être mis à l'abri du pillage. En échange de ces mesures les villes fourniront un homme d'arme par cent foyers. Presque tous les conseillers royaux furent exilés, les membres du parlement et de la chambre des comptes renouvelés, les officiers de justice et de finances destitués, la cour des aides créée.
L'exécution de cette ordonnance fut vite bloquée. La commission d'épuration fut désignée mais ne fonctionna que 5 mois. Les collecteurs d'impôts nommés par les états rencontrèrent l'hostilité des paysans et des artisans pauvres. Les députés du tiers état entrés au conseil de tutelle étaient en minorité et les états généraux manquaient d'expérience politique pour contrôler en permanence le pouvoir du dauphin. En effet, ce dernier, ayant pris de l'assurance, retrouva vite l'appui des fonctionnaires. Mais les déplacements fréquents, coûteux et dangereux à l'époque, découragèrent les députés provinciaux et les états furent de moins en moins représentatifs. Peu à peu, seule la bourgeoisie parisienne vint siéger aux assemblées. Et enfin, le roi Jean II, qui avait gardé un grand prestige, désavoua le dauphin Charles en interdisant depuis sa prison le 6 avril 1357, l'application de l'ordonnance de réformation. Étiennne Marcel et Robert Le Coq protestèrent auprès du dauphin qui, se sentant soutenu par les provinces, lesquelles ne suivaient pas le mouvement imprimé par la population parisienne, interdit au mois d'août au prévôt et à ses adhérents de se mêler désormais du gouvernement, attendu qu'il entendait gouverner tout seul.
Le Coq se retira dans son évêché; mais Marcel, profitant de l'absence du dauphin qui avait convoqué les états hors de la capitale, resta à Paris pour organiser la résistance. Il songea dès lors à opposer à la branche régnante des Valois une autre branche de la maison de France et trouva en la personne du roi de Navarre, Charles le Mauvais, un prétendant prêt à tout. Le prévôt des marchands combina un coup de main qui fit sortir le roi de Navarre du château d'Ailleux où il était détenu. Cet évènement fit revenir le duc de Normandie à Paris, qui, toujours sans argent sans argent, convoqua une nouvelle fois les états généraux pour le 7 novembre; sous la pression des chefs populaires, il accorda à Charles le Mauvais une partie de ce qu'il réclamait.
Le 13 janvier 1358, les états s'assemblèrent de nouveau; mais comme presque aucun noble et très peu de gens d'église s'y étaient rendu, les députés ne purent se mettre d'accord. Étienne Marcel, constatant l'échec de l'instauration d'une monarchie contrôlée par voie législative, va alors essayer de la faire proclamer par la force. Il est à noter qu'il ne remet pas en cause la nécessité d'avoir un souverain, mais il devra composer avec celui qui lui laissera le plus de pouvoir. Il oscillera entre la faiblesse supposée du dauphin et la cupidité de Charles le Mauvais.
[] la révolte parisienne
Au début de l'année 1358, Ètienne Marcel organisa des réunions où en y imposant ses vues, il réussit à convaincre les bourgeois. Il créa même une milice. Sous prétexte de pouvoir se défendre contre d'éventuelles attaques anglaises ou allemandes, il fit renforçer les fortifications autour de Paris.
La nouvelle de l'acceptation par Jean le Bon du premier traité de Londres qui cèdait la moitié du territoire à l'Angleterre provoqua un tollé général qui allait profiter à Étienne Marcel. Le 22 février 1358, Paris se réveilla sous les cris d'une émeute réunissant trois mille personnes. La foule surprit un officier du roi, Renaud d'Acy, qui se réfugia dans une pâtisserie où il fut égorgé férocement avec ses partisans. Puis elle envahit le palais de la Cité pour affronter le dauphin Charles. Étienne Marcel et certains de ses partisans réussirent a atteindre la chambre du dauphin. Le but était de l'impressionner pour pouvoir mieux le contrôler. Le maréchal de Champagne Jean de Conflans et le maréchal de Normandie Robert de Clermont furent tués devant le prince qui, couvert de leur sang, crut son existence menacée. Marcel l'obligea à coiffer le chaperon rouge et bleu des émeutiers (aux couleurs de Paris) et à renouveler l’ordonnance de 1357. Sous estimant le prince, il l'épargna en pensant pouvoir le contrôler plus aisément, ce qui fut une lourde erreur. Le timide et frêle Dauphin, se révèlera par la suite être un redoutable politique. De fait, jamais Étienne Marcel ne parviendra à le contrôler, même si dans les premiers temps le futur monarque manquait d'aplomb pour contrer ce redoutable tribun de face.
- Article détaillé : Journée du 22 février 1358.
Étienne Marcel se dirigea ensuite sur la place de Grève. Là il remercia la foule de les encourager à éliminer "les traîtres du royaume". Il força ensuite le dauphin à ratifier la mise à mort de ses conseillers et à réitérer l'ordonnance de 1357 qui lui avait permis d'accéder au pouvoir exécutif. Étienne Marcel fit partie du conseil de tutelle.
L'assassinat des deux maréchaux divisa en deux parties distinctes l'opinion publique et fit perdre beaucoup de crédit à Étienne Marcel. Il permit en outre Charles, devenu régent, de reprendre les choses en main. Trop fier pour implorer la clémence du dauphin, trop peu honnête pour se livrer simplement à la justice, Étienne Marcel fut acculé à une fuite en avant et, quitte à sacrifier la paix publique aux intérêts de sa personne et de son orgueil, il fit faire courir à la France tous les risques d'une guerre civile. Aussitôt après l'exécution, le prévôt, ayant convoqué aux Augustins une grande assemblée de bourgeois, envoya des lettres closes aux villes de province pour leur demander d'approuver ce qui avait été fait et d'adopter le chaperon rouge et bleu que portaient ses partisans. Mais sa voix ne fut que peu entendue et provoqua même une scission au sein même des états. Le dauphin Charles parvint à s'enfuir de la capitale et convoqua les états généraux à Compiègne où il rallia à sa cause la province pour isoler Paris. Ce fut la guerre ouverte entre la démocratie parisienne et la royauté soutenue par les provinces.

Mais à Laon, à Soissons, dans toute la région parisienne, les paysans excédés du harcèlement fiscal dont ils étaient victimes et des pillages dus aux grandes compagnies (contre lesquelles la noblesse était censée les protéger) se dressèrent contre l'autorité. Durant six semaines, ils se battirent en désespérés autour de Guillaume Callé. En mai 1358, le sort de Paris dépendait de cette union subite des paysans et des bourgeois. L'insurrection s'étendit à la Champagne, à la Brie et à la région d'Amiens. Des chefs populaires, surgissant de partout, forçaient les paysans à se retrancher dans des lieux qu'ils fortifiaiant de palissades et de fossés. L'alliance avec Étienne Marcel sembla réussir lorsque les Jacques s'emparèrent du château d'Ermenonville. Les bourgeois de Meaux entrèrent dans la ligue. Charles le Mauvais pour faire bonne figure opèra un nouveau changement d'alliance et écrasa les Jacques à Meaux le 9 juin 1358.
- Article détaillé : Grande Jacquerie.
Marcel, n'espérant plus rien des campagnes, mit son dernier espoir dans le cupide roi de Navarre. Le 14 juin, celui-ci fut proclamé capitaine de Paris; mais les bandes qu'il commandait et qui venaient d'exterminer les Jacques furent redoutées des Parisiens qui refusèrent d'admettre dans leurs murs de pareils bandits. La popularité de Marcel fut alors très diminuée et un parti se forma dans la haute bourgeoisie autour de l'échevin Jean Maillard qui poussa au rétablissement de l'autorité royale.

Marcel fut contraint d'écrire au régent le 28 juillet pour l'inviter à revenir, mais le prince répondit qu'il ne rentrerait pas dans la capitale tant que le responsable du meurtre de ses maréchaux serait en vie. Étienne Marcel prit alors un parti extrême et se résolut à livrer Paris au roi de Navarre dans la nuit du 31 juillet au 1er août : cette décision alla lui coûter la vie. Alors qu'il essayait de faire entrer Charles II le Mauvais dans Paris au milieu de la nuit, Étienne Marcel fut surpris par l'échevin Jean Maillard, qui l'exécuta le 31 juillet 1358, devant la porte Saint-Antoine. Dans les jours qui suivirent, ses partisans dont son frère Gilles, furent mis à mort.
Le 3 août, le dauphin entra triomphalement à Paris. Il convoqua des états généraux et dénonça, avec l'accord secret de son père, le second traité de Londres qui abandonnait à l'Angleterre toutes les anciennes possessions des Plantagenêt. Ce fut un coup de maître : en passant par les états généraux, il avait renforçé l'union du pays contre les Anglais et avait dédouané son père qui était toujours auc mains d'Edouard III. Avec tout le pays derrière lui, le dauphin ressortait de cette période avec un pouvoir raffermi. Quant à Étienne Marcel, en ayant méjugé le futur souverain, il avait complétement échoué et perdu la vie.
[] Sources
- Le Petit Mourre, dictionnaire d'histoire universelle
- Le roi Jean II le bon fut-il un mauvais roi ?, Duc de Lévis Mirepoix, Historama Janvier 2003 [2]
[] Notes et références
[] Lien interne
- Robert Le Coq
- Charles V de France
- Charles le Mauvais
- Traité de Londres(1358)
- Journée du 22 février 1358
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