École nationale d'administration
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Sommaire |
[] Histoire
L'École nationale d'administration (ENA) a été créée par l'ordonnance du 9 octobre 1945 par le Gouvernement provisoire de la République française, alors présidé par le Général de Gaulle. Cette décision, qui devait profondément bouleverser la structure même de l'administration publique française, avait été préparée par la Mission provisoire de réforme de l'administration, placée auprès du chef du gouvernement et dirigée par Maurice Thorez, vice-président du Conseil et secrétaire général du Parti communiste. Après la démission du Général de Gaulle de la présidence du Conseil le 20 janvier 1946, c'est Maurice Thorez qui va réussir à mener à bien la réforme administrative et l'élaboration du statut de la fonction publique en se préoccupant d'assurer d'abord la naissance de l'École nationale d'administration créé avant son entrée au Conseil. L'École s'est établie à Paris, d'abord au 56, rue des Saint-Pères puis dans l'hôtel du 13, rue de l'Université, auparavant occupé par le Service hydrographique et océanographique de la marine (SHOM) et décentralisé à Brest en 1978.
Sous l'impulsion d'Édith Cresson, il a été décidé en 1992 de déménager l'école à Strasbourg. Pendant 10 ans, l'école était organisée sur deux sites parisiens et un site à Strasbourg. Le déménagement de l'ensemble de l'école a pris fin en 2005. Les anciens bâtiments de l'ENA (6 000 m²) de la rue de l'Université ont été rachetés par Sciences Po. En 2002, l'ENA a absorbé l'Institut international d’administration publique (IIAP), issu de l'École nationale de la France d'outre-mer.
Michel Debré, maître des requêtes au Conseil d'État et commissaire de la République à Angers, animait cette mission. Il a assuré provisoirement les fonctions de directeur de l'école.
L'ENA doit beaucoup aux circonstances historiques de ses commencements, et à l'esprit des femmes et des hommes, issus de la Résistance pour la plupart, qui ont pris en charge la reconstruction du pays. Avant 1945, l'État n'assurait pas lui-même une formation unique pour les fonctionnaires responsables de sa haute administration. En effet, si le système du concours - considéré alors comme la seule garantie d'un recrutement impartial et fondé sur le mérite - était déjà bien généralisé, chaque corps ou ministère organisait son propre concours, sans considération pour l'homogénéité de la haute fonction publique. Certains risques de corporatisme ou de népotisme en résultaient, auxquels L'ENA avait pour objectif de remédier.
Les personnes qui en sont issues sont communément appelées énarques.
Françoise Chandernagor est la première femme major de l'ENA.
[] Missions
[] Une école d'application
L'ENA a pour mission de dispenser aux futurs cadres supérieurs de la fonction publique une formation interministérielle. La scolarité d'une durée de 27 mois comporte deux périodes successives, celle des stages (12 mois) et celle des études (15 mois), Cette dernière période se déroule entièrement à Strasbourg depuis le 1er janvier 2005. Les promotions de l'ENA portent un nom spécifique en hommage à un personnage, un événement ou un concept.
Il ne reste à Paris que les locaux du 2, avenue de l'Observatoire (VIe arrondissement) — l'ancien Institut international d'administration publique —, réservés aux formations de très courte durée.
La période de stage, qui correspond à la première année de scolarité, est consacrée à l'apprentissage des responsabilités sur le terrain de l'élève affecté auprès d'un préfet (7 mois), dans un poste diplomatique ou auprès d'organisations internationales (5 mois). La période d'études associe la diversité pédagogique (études de cas, enquête sur le terrain, conférences de cadrage, travail individuel et collectif) aux objectifs de polyvalence de la formation :
- Permettre le perfectionnement des connaissances dans des matières fondamentales (droit, économie, questions européennes et internationales…) ;
- Donner aux élèves la maîtrise des outils administratifs dont ils auront besoin pendant leur carrière (préparation à la rédaction de textes juridiques, techniques budgétaires et fiscales, gestion publique, gestion des ressources humaines, négociation, langues, maîtrise des technologies de l'information) ;
- Développer la capacité de réflexion et d'innovation des élèves par des travaux de recherche menés en petits groupes et visant à l'élaboration de solutions qui puissent être utiles à l'administration.
Les élèves de l'ENA intègrent à leur sortie de l'État différents corps de la fonction publique d'État, en fonction de leur classement. Les premiers (dont on dit qu'ils sortent "dans la botte") choisissent généralement les grands corps, à savoir l'Inspection générale des Finances, la Cour des comptes et le Conseil d'État. Les plus nombreux intègrent le corps des administrateurs civils. Certains rejoignent le corps diplomatique, le corps préfectoral , l'Inspection générale de l'Administration, l'Inspection générale des affaires sociales, le corps des Tribunaux administratifs et des Cours administratives d'appel ou celui des Chambres régionales des Comptes. Par exception, quelques élèves rejoignent la fonction publique territoriale, uniquement comme administrateurs de la Ville de Paris.
En 1999 et 2005, des anciens élèves de l'ENA ont remplacé les journalistes rédacteurs du quotidien "Les Echos"
[] La formation permanente et la recherche
Destinées aux cadres supérieurs de la fonction publique, les sessions de formation permanente se sont diversifiées tout en privilégiant l'interministérialité par la confrontation d'expériences différentes et la mise en commun des savoir-faire utiles à la modernisation de la fonction publique.
L'ENA offre de nombreuses possibilités de formation continue. Outre les cycle d'accompagnement à la mobilité professionnelle déstinés aux administrateurs civils et aux assistants parlementaires, l'ENA organise des formations diplomantes de l'enseignement supérieur en partenariat avec d'autres grandes écoles ou universités :
- Mastère spécialisé en gestion des risques sur les territoires avec l'EISTI[1]
- Master européen de gouvernance et d'administration (MEGA) avec l'Université de Postdam à Berlin [2]
- Master professionnel en gestion publique avec l'Université Paris Dauphine [3]
L’ENA assure aussi le
- Master en Administration Publique pour les hauts fonctionnaires internationaux
L'ENA assume également une mission de recherche en sciences administratives :
- en développant toute une série de colloques sur les grands enjeux de la fonction publique,
- en encourageant les travaux de recherche de ses élèves sur des questions d'actualité,
- en multipliant les comparaisons des différents systèmes administratifs étrangers,
[] Une école tournée vers l'international
Depuis sa création, en 1945, l'ENA a formé plus de 2000 élèves étrangers, provenant d'une centaine de pays, dans le cadre de ses deux cycles internationaux. Chaque promotion compte une quarantaine d'élèves étrangers représentant une trentaine de nationalités pour une centaine d'élèves français, tous suivent là une formation identique.
Par ailleurs, l'école entretient une active coopération administrative avec de nombreux partenaires étrangers, pour le transfert d'ingénierie éducative et administrative, à travers l'organisation de nombreux séminaires avec des institutions partenaires.
Soucieuse de conforter la place de l'administration française dans le monde, l'ENA a encore intensifié sa politique d'échanges internationaux depuis l'intégration des services de l'Institut international d'administration publique en son sein, début 2002.
[] L'ENA et les « élites » françaises
Se pose la question réelle de la rénovation de l'enseignement de l'école et de son mode de sélection, question posée de manière de plus en plus pressante par les promotions passées par ses rangs et par la société civile.
L'école a fait l'objet de critiques de la part même de ses élèves tel Jean-Pierre Chevènement, dans son livre L'énarchie ou les mandarins de la société bourgeoise (publié sous le pseudonyme de Jacques Mandrin). Le classement de sortie, en particulier, a été mis en cause récemment. Les élèves de la promotion Senghor (2002-2004) ont en effet rédigé un rapport, signé par 132 étudiants sur 134. Ce rapport, intitulé "L'ENA, l'urgence d'une réforme", pointait du doigt les principales lacunes de l'école, notamment le classement de sortie, considéré comme une machine à classer plutôt qu'à former. Ainsi, les élèves n'acceptaient pas que "l'ENA dispense une scolarité au rabais, qui n'est que l'alibi d'un concours de beauté organisé par les divers corps de l'État". Bien que destiné à la seule direction de l'École et non disponible sur Internet, ce rapport avait provoqué une réaction du ministre de la fonction publique de l'époque, qui avait menacé la promotion de sanctions disciplinaires.
Une forte majorité de ceux qui contrôlent la vie politique et économique en France sont issus de ses rangs. Ce phénomène a été étudié par Pierre Bourdieu. D'ailleurs, pas moins de sept Premiers ministres et deux présidents de la Cinquième République sont d'anciens élèves de la prestigieuse école :
- Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac pour la présidence.
- Parmi les premiers ministres : Jacques Chirac (1974, 1986), Laurent Fabius (1984), Michel Rocard (1988), Édouard Balladur (1993), Alain Juppé (1995), Lionel Jospin (1997) et Dominique de Villepin (2005).
- Députés : Laurent Wauquiez, Ségolène Royal, François Hollande, Gilles Carrez, Valérie Pécresse, Charles de Courson, Hervé Gaymard
- PDG du CAC 40 : Henri de Castries (AXA), Gérard Mestrallet (Suez), Jean-François Cirelli (GDF), Serge Weinberg (Accor), Baudouin Prot (BNP Paribas), Paul Hermelin (Cap Gemini), Bruno Lafont (Lafarge), Daniel Bouton (Société Générale).
La critique de l'ENA focalise et résume d'autres questions posées à la société française, qui sont celles de la sélection et de la reproduction des élites, de la bureaucratie, de la centralisation et des relations entre l'État et les citoyens.
[] Liste des différentes promotions de l'ENA
Les anciens élèves de l'ENA éditent depuis 1946 une revue mensuelle, L'ENA hors les murs, qui aborde des sujets administratifs, politiques, culturels et économiques avec le témoignage de personnalités compétentes.
[] Direction
- Henri Bourdeau de Fontenay : 1945-1963
- François Gazier : 1963-1969
- Pierre Racine : 1969-1975
- Pierre-Louis Blanc : 1975-1982
- Simon Nora : 1982-1986
- Roger Fauroux : 1986-1988
- René Lenoir : 1988-1992
- Jean Coussirou : 1992-1995
- Raymond-François Le Bris : 1995-2000
- Marie-Françoise Bechtel : 2000-2002
- Antoine Durrleman : depuis 2002
[] Bibliographie
- L'ENA hors les murs, créée en 1946, revue mensuelle des anciens élèves de l'ENA.
- « L'ENA », Pouvoirs n° 80 (mars 1997), Seuil.
- Jean-Michel Eymeri, La fabrique des énarques, Paris, Economica, juin 2001.
- Jean-Michel de Forges, L'École nationale d'administration, Presses universitaires de France, Paris, 1989.
- Jean-Michel Gaillard, L'Ena, miroir de l'État, de 1945 à nos jours, Complexe, coll. « Questions du XXe siècle », 1999.
- Guy Jacquemelle, Le grand oral de l'ENA, Éditions du Mécène, 2005.
- Jacques Mandrin (pseudonyme de Jean-Pierre Chevènement, Didier Motchane et Alain Gomez), L'énarchie ou les mandarins de la société bourgeoise, La Table Ronde, 1967.
[] Liens externes
- Le site officiel de l'ENA
- L'ENA hors les murs, revue mensuelle des anciens élèves de l'ENA]
- Le site officiel de l'Association québécoise des anciens de l'ÉNA
- La préparation au concours d'entrée de l'ENA de Sciences Po
- La préparation à l'ENA de l'IEP de Bordeaux
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